Vivre à Bangkok

Deux mois presque jour pour jour sans un seul billet… A ma décharge, ce furent deux mois plutôt bien remplis. Je profite d’un dimanche après-midi pluvieux et paresseux (enfin, pas tant que ça finalement) pour remettre un peu de charbon dans ce blog qui va cahin-caha…

J’avais envie aujourd’hui d’un petit billet anaphorique, pour célébrer les trois ans à l’Elysée de qui l’on sait. Plouf.

Alors voilà, ça s’appelle « Vivre à Bangkok », et ça commence comme ça.

 

Bonzes

Vivre à Bangkok, c’est passer devant un temple, entendre des chants s’en échapper, entrer, et écouter quelques minutes moines et moinillons, assis à terre, les pieds tournés vers l’arrière, afin de ne surtout pas les montrer à Bouddha. C’est très beau, pas tout à fait autant que les chants de la liturgie chrétienne orthodoxe, mais bien supérieur à ce que l’on peut entendre désormais dans l’église catholique romaine. Les mélodies sont très répétitives en général, j’imagine que l’effet de transe pour celui qui prie ainsi est garanti. Pour l’auditeur, c’est bien aussi.

Coq

Vivre à Bangkok, c’est courir le long du canal, au petit jour ou à la tombée du soleil, pour essayer d’attraper quelques petits grains de fraîcheur, peine perdue en général. Les animaux de basse-cour sont chez eux. C’est comme si cette ville était aussi luxuriante que le milieu naturel qu’elle a envahi. Un parking à peine délimité, un chemin tracé, une route goudronnée, et aussitôt ce sont de petites cahutes qui apparaissent sur les bords, de bric et de broc, aux interstices, une petite boutique de planches, un vendeur de nouilles, un élevage de poules. Et on court au milieu de ce bouillonnement.

Hôpital   Vivre à Bangkok, c’est, quand il le faut, aller voir le médecin dans un hôpital qui ressemble à un aéroport, de verre et de clarté, immense. C’est attendre son tour dans un hall où jouent des musiciens en chair et en os, pendant qu’un émir du Golfe à l’habit blanc immaculé accompagne sa dame en noir et n’a pas l’air trop inquiet de devoir entendre le jazz sacrilège qu’on lui inflige.

Pimp

Vivre à Bangkok, c’est aller aux réunions du lycée français et passer au retour, sur le chemin des écoliers, au sens propre puisqu’il s’agit de la rue du lycée, devant deux salons de massage, un sauna, deux bordels et enfin devant le Pimp, mythique établissement de nuit, peuplé de créatures à la queue fourchue, qui parfois prennent le frais en fumant une cigarette sur les marches.

Vélos

Vivre à Bangkok, c’est pouvoir aller faire du shopping au Nightingale Olympic Co, entre Chinatown et Little India. Les dernières marchandises ont été reçues aux alentours des années 70, peut-être début 80 pour les plus récentes. Les vendeurs et vendeuses sont bien évidemment les mêmes qu’à cette époque, et semblent avoir pris racine tout en se momifiant, ce qui est du plus bel effet. On peut y trouver un très vaste assortiment de vélos d’appartement, datant d’une époque où l’on n’appelait pas encore ça des home trainers.

Crapauds

Vivre à Bangkok, c’est pouvoir acheter au marché de gros crapauds pustuleux bien vivants enfermés dans de jolis sacs en plastique. Ils vont souvent par deux, sans doute afin ne pas se sentir seuls lors de leurs dernières heures avant le grand plongeon dans l’eau bouillante.

Tigre

Vivre à Bangkok, c’est aller marcher dans les montagnes de Chiang Mai et observer des empreintes de tigre encore fraîches sur le chemin de crête.

Sasha

Vivre à Bangkok, c’est d’ailleurs vivre avec les tigres à la maison, tous les jours.

Pique-nique

Vivre à Bangkok, c’est pique-niquer sur un rocher en haut des montagnes de Chiang Mai et manger du riz tenu au chaud dans une feuille de bananier avec des baguettes taillées quelques instants auparavant dans un bambou. C’est bien sûr avoir le plaisir de tout jeter ensuite par dessus bord tout en ayant la conscience tranquille.

Sexual

Vivre à Bangkok, c’est célébrer sa performance sexuelle au quotidien grâce notamment aux bons soins de la clinique Keerati du boulevard de Thonglor, dont on ignore les secrets de fabrication précis.

Motorbike  Vivre à Bangkok, c’est amener sa fille à l’école tous les jours en scooter et se retrouver immortalisé sur les murs de la classe.

Vivre à Bangkok, c’est marcher dans la forêt, être seul au monde, et pourtant en avoir des bourdonnements dans les oreilles pendant des jours et des jours.

 

Cigarette

Vivre à Bangkok, c’est vivre en Asie, et l’Asie, ce sont aussi de jeunes femmes qui fument des cigarettes dans des boudoirs cosy en ne pensant à rien.

Chinatown

Vivre à Bangkok, c’est passer pas mal de temps à se promener dans les rues de Sampheng / Yaowarat / Chinatown et se dire que ça a du être vraiment joli et que ça le reste presque.

Bistrot Karen

Vivre à Bangkok, c’est aller en pays karen boire des bières dans des cafés rustiques mais sympathiques, où la Singha restera à 30 baths de toute éternité.

Mototaxis

Vivre à Bangkok, c’est hésiter parfois entre le canoë et le kayak pour sortir de chez soi.

Cagoule

Vivre à Bangkok, c’est prendre la mer à Hua Hin sur un petit bateau à moteur et faire des autoportraits avec des hommes à cagoule en arrière-plan.

Tarentule

Vivre à Bangkok, c’est aller marcher dans la montagne et laisser Yewen, le guide karen, attraper une tarentule et la faire griller, puis la manger ensemble de bon coeur.

ChocoPhilo

Vivre à Bangkok, c’est aller au Choco Philo de l’Alliance Française, un dimanche par mois, et entendre son fils rire à pleine gorge.

Ascenseur

Vivre à Bangkok, c’est prendre des ascenseurs japonais équipés de système d’atterrissage d’urgence. On dit que les nouveaux sont désormais équipés de toilettes de secours, en cas de panne. J’aime les Japonais mais je suis sûr qu’ils ne descendent pas du singe, eux.

Prostate

Vivre à Bangkok, c’est être incité à se soucier de sa santé, en particulier de sa prostate, au moyen de publicités imagées.

StéphanieCléau

Vivre à Bangkok, c’est regarder des films français avec des actrices françaises, et se dire que Mathieu Amalric a toujours eu bon goût.

Seven

Vivre à Bangkok, c’est laisser à Bangkok sa femme qui travaille et partir en week-end avec ses enfants, tout en étant accompagné des femmes et des enfants de ceux qui travaillent. Et c’est bien entendu faire une pause au resto route 7-Eleven de Hua Hin sur l’autoroute 4.

Amis

Vivre à Bangkok, c’est faire des fêtes chez des amis qui ont arrêté de fumer définitivement mais qui trouvent que c’est quand même mieux pour leur profil avec une cigarette dans la main, lumière tamisée et Léo Ferré.

Amies

Vivre à Bangkok, c’est côtoyer des femmes en noir, celles qui partent et celles qui arrivent.

Nabokov

Vivre à Bangkok, c’est vieillir, sans doute plus vite qu’ailleurs, mais vieillir à deux, comme Vera et Vladimir.

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