Un voyage en Annam et en Cochinchine.

Ainsi que je l’écrivais dans mon dernier billet mi janvier, j’ai passé quelques jours au Vietnam sur les traces de mon grand-père Marcel, entre Saïgon, Phan Rang et Nha Trang, dans cette Indochine où il a vécu dix-huit mois, de janvier 1946 à juillet 1947. Après avoir passé de longues heures à lire et à retranscrire son carnet de guerre, retrouvé au printemps dernier dans l’armoire où il l’avait caché, avec plus d’une centaine de photos de ses trois ans de campagnes, j’ai pu identifier la plupart des lieux où il était passé durant ces longs mois de guerre.

Alors qu’il n’a pas dix-neuf ans, il quitte les Hautes-Vosges et sa famille en 1943 pour échapper au STO, travaille dans une ferme de Damas aux Bois, un village de la plaine vosgienne, gagne le maquis de Charmes à l’été 1944, puis s’engage dans la Première Armée Française le 2 novembre 1944, au lendemain de ses vingt ans. Il est affecté au 2e Régiment d’Artillerie Coloniale du Levant pour remplacer les nombreux Malgaches qui le composaient et qui supportaient difficilement l’hiver vosgien.

Ce sont d’abord les combats autour de Belfort, puis la campagne d’Alsace début 1945, dans des combats héroïques face à une armée allemande qui ne s’avouait pas vaincue, alors qu’un hiver particulièrement rigoureux régnait. Puis c’est le franchissement du Rhin et l’entrée en Allemagne début avril alors que la Wehrmacht et notamment la Volkssturm se bat encore village après village. A l’armistice du 8 mai, il est à Lindau sur le Lac de Constance.

Les mois suivants il participe à l’occupation de l’Allemagne vaincue, puis accepte l’engagement dans les troupes coloniales et après les classes au camp du Valdahan près de Besançon, embarque pour l’Indochine le 15 décembre 1945. Il arrive à Saïgon le 6 janvier 1946, après trois semaines de mer et est affecté à la 1ère batterie du Groupe d’Artillerie Coloniale de Montagne du Levant (GACML).

Les quatre premiers mois se déroulent en Cochinchine, alors colonie française, essentiellement à Saïgon et à Cholon, ville limitrophe à la forte communauté chinoise. Puis le GACML est affecté en août 1946 à Nha Trang dans le protectorat d’Annam, sur la côte de la Mer de Chine. Il y passe trois mois durant lesquels les opérations de maintien de l’ordre se transforment peu à peu en combat quotidien contre la guérilla Viet-Minh. Fin novembre 1946 il est affecté à Phan Rang, à une centaine de kilomètre au sud de Nha Trang et cantonne dans le petit village de An Xuân. Les combats deviennent sanglants, dans des conditions très difficiles. Après six mois dans cette région, son poste est relevé fin juin 1947 par le 2e Régiment Etranger d’Infanterie. Il passe juillet 1947 à Ban Ngoi où il attend le rapatriement tant attendu afin d’échapper au calvaire qu’est devenue une guerre qui ne dit pas encore son nom. Il embarque enfin sur le Pasteur au Cap-Saint-Jacques le 11 août et fête la quille à Marseille le 28 août, avant de revenir dans sa famille début septembre 1947, après quatre ans d’absence.

Il parlait rarement de cette période : il n’avait rien de l’ancien combattant traumatisé ou nostalgique qui ressasse ses souvenirs. Il n’avait pas non plus de regrets. Il éprouvait plutôt une sorte de pudeur, en cela comme pour le reste. Mais lorsqu’il était sollicité il racontait volontiers et je conserve un enregistrement d’une heure réalisé en 2003, trop court maintenant qu’il n’est plus là, au cours duquel il narre avec son accent vosgien à couper au couteau ces quatre années qui ont mis fin à sa jeunesse et qui furent aussi une parenthèse dans sa vie, lui qui préféra toujours la solitude des forêts à la fraternité des armes.

Dans de prochains billets, j’essaierai de conjuguer extraits du carnet de route et images issues des albums retrouvés l’an dernier, deux ans après sa mort, avec les photographies et impressions glanées lors de mon voyage de janvier sur ses traces. J’ignore encore à quelle fréquence je pourrai réaliser ce petit travail, recommençant demain à travailler après une pause longue d’une demi-année…

 

Photographie de mon grand-père Marcel, dédicacée par le Général de Lattre de Tassigny, commandant la 1ère Armée Française

Photographie de mon grand-père Marcel, dédicacée par le Général de Lattre de Tassigny, commandant la 1ère Armée Française

 

Une réflexion au sujet de « Un voyage en Annam et en Cochinchine. »

  1. Bonjour,
    Mon Grand-Père était aussi de la 1ère Armée Française, engagé volontaire le 30-10-1944 à Nancy (54). Campagne de France, d’Allemagne, Occupation ensuite départ pour l’Indochine fin 1945. La similitude du parcours fait plaisir à lire. Il sera du voyage retour sur le Pasteur en Juillet 1947 tout comme votre Grand-Père (5000 hommes à bord). J’ai hâte de lire vos prochains billets, de voir vos photos et d’en apprendre plus sur son parcours. N’hésitez pas à me contacter, l’adresse email est et restera valide. Cordialement, Cano54

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