Pac-man à Bangkok

Avant la suite de nos aventures linguistiques, un petit intermède « jeu vidéo » aujourd’hui (une fois n’est pas coutume), mais toujours dans le but (louable) de découvrir et faire découvrir Bangkok, qui plus est au milieu de fantômes (belote et rebelote).

Google offre depuis peu, et pour une période indéterminée, la possibilité de jouer à Pac-man, le jeu d’arcade classique des années 80. Jusque là, rien de terriblement intéressant. Oui, sauf qu’il est possible de choisir son terrain de jeu parmi une infinité : il suffit d’aller à n’importe quel endroit de la planète sur Google Maps, puis de cliquer sur l’icône Pac-man en bas à gauche de l’écran. Le design prend alors un petit coup de vieux et les rues se transforment en couloirs à fantômes et à réservoirs à friandises. Il y a même l’horrible son d’époque et les bruitages dodécacophoniques. Le but du jeu est de récolter tous les points sans se faire bouffer par un fantôme. Tout contact avec l’un de ces esprits maléfiques et très néfaste à la santé, à moins d’avoir auparavant avalé un gros point clignotant qui colore les fantômes en bleu et les rend comestibles.

Je laisse ceux qui ont eu dix ans dans les années 80 aller voir illico et passer quelques minutes à user les quatre flèches de leur clavier en pensant au bon vieux temps. N’oubliez pas de mettre le son ! Pour les autres, et pour les vieux trentenaires et jeunes quadragénaires revenus, voici la suite.

L’algorithme qui transforme une carte de Google Maps en terrain de jeu Pac-man est plutôt malin. Les rues deviennent des couloirs, les ponts idem, on peut faire le tour des places, voire les traverser lorsqu’un chemin figure sur la carte d’origine. Par contre, lorsque la rue est une impasse, en général, l’algorithme ne la fait pas apparaître côté Pac-man. Il n’aime pas trop non plus les grands axes, qu’il ignore également. Lorsqu’il y a trop peu de rues « utilisables », l’algorithme refuse du coup de travailler : il suffit en général de déplacer un peu la carte d’origine pour faire apparaître quelques intersections de plus et créer le terrain de jeu. A la campagne, ou dans des habitats peu denses cela peut s’avérer néanmoins compliqué, même si certains sentiers se transforment en couloirs à fantômes.

Evidemment, dans un terrain de jeu où figurent très peu de rues, il peut être très difficile d’échapper aux fantômes. D’un autre côté, on peut plus aisément se cacher dans des maillages plus fins, mais il est alors bien plus difficile de récolter tous les points.

Il est tentant de créer quelques terrains de jeu dans les différentes villes que l’on a habitées. Et l’on se rend compte très vite que les impressions ressenties au sol dans le monde réel se vérifient bien quantitativement. L’algorithme ne travaille qu’à une échelle constante et découpe un rectangle de 300 mètres sur 500 environ, ce qui permet les comparaisons.

 Prenez Lyon par exemple, dans le quartier Saint-Vincent – Place des Terreaux, au bord de la Saône. Les pâtés de maisons sont minuscules, il y a des ruelles partout, le maillage est extrêmement dense. Le petit parc du Jardin des plantes où se trouve l’Amphithéâtre des Trois-Gaules est rempli de sentiers qui s’entrecroisent. Et encore l’algorithme ne transforme-t-il pas en couloirs les escaliers ni les traboules (qui permirent à maints résistants d’échapper à la Gestapo durant la Seconde Guerre)…  Lyon Pac-man, c’est donc un paradis pour échapper aux fantômes, mais un enfer pour réussir à gober tous les points.

Pac-man aux alentours de la place des Terreaux, à Lyon

Pac-man aux alentours de la place des Terreaux, à Lyon

A Moscou, la situation est un peu différente. Il y a le koltso, en jaune en haut du terrain de jeu : c’est une deux fois quatre voies qui fait le tour du centre-ville et qui est trop imposante pour être transformée en couloir à fantômes. Quelques petits pâtés de maisons dessinent au centre du terrain un maillage assez dense. Par contre, de large portions sont presque vides de rues passantes : en voiture c’est comme dans Pac-man, on avait souvent affaire à des allées privées, à de drôles de raccourcis interdits mais tolérés (je me souviens d’un « itinéraire bis » en particulier où il fallait faire 30 mètres en marche arrière en raison d’un sens unique, mais qui permettait d’éviter un bon quart d’heure de bouchons). L’algorithme ne connaît pas la tolérance russe, et laisse ces passages – qui n’en sont pas – de côté, si bien qu’échapper aux fantômes peut s’avérer aussi difficile qu’échapper aux GAI (le joli nom de la police routière russe).

Pac-man à Moscou, sur le boulevard fleuri.

Pac-man à Moscou, sur le boulevard fleuri.

Par nostalgie des sapins et des petits ruisseaux d’eau claire, je suis allé voir dans les Vosges de mon enfance. Nuls pâtés de maisons dans la vallée où j’ai passé dix-huit ans, mais la rue du Hohneck, son épine dorsale, ainsi que la route des Planches, en bas à droite, dessinent des couloirs assez longilignes et pratiques pour la chasse aux points clignotants, de même que le chemin des Bastelles, non goudronné mais régulièrement gravillonné ou que le sentier du Lac des Corbeaux, qui n’est pourtant guère plus qu’un chemin de rocaille. Il peut néanmoins être compliqué d’échapper aux quatre fantômes gourmands quand ils descendent la Moselotte : on n’échappe que rarement à son destin.

Pas-man dans les Vosges, sur les sentiers de La Bresse

Pas-man dans les Vosges, sur les sentiers de La Bresse

Bien évidemment, je n’ai pu m’empêcher de terminer avec Bangkok, la capitale des latrines tropicales, comme dirait mon ami Guillaume, qui a bien pratiqué l’Asie dans sa jeunesse mais a su avoir assez de flair pour s’installer en Suisse et épouser une zurichoise avant ses quarante ans.

Je crois en avoir déjà parlé ici même, mais l’un des problèmes principaux de Bangkok, qui est l’un des facteurs majeurs expliquant la circulation chaotique qui caractérise la capitale siamoise, c’est son maillage routier fait en dépit du bon sens. On peut comprendre que les parties anciennes à l’ouest de la ville, vers le fleuve, où les rues ont souvent été construites par dessus les canaux, soient peu adaptées à la circulation. Mais dans les zones récentes, qui ont souvent cinquante ans d’âge tout au plus, il y avait essentiellement des rizières, et d’éventuels « city planners » auraient pu tracer une grille harmonieuse et efficace. Mais que nenni ! Le principe retenu a été celui de l’arête de poisson : de grands axes en épines dorsales, puis partant de ces axes des rues de taille moyennes et greffées sur ces dernières de petites rues biscornues et étroites, se terminant le plus souvent en impasses.

L’algorithme Pac-man le montre de façon assez frappante : d’une part il est assez difficile de trouver une zone où l’on puisse réussir à créer un terrain de jeu, en raison de la trop faible densité du maillage à cette échelle (ce qui d’habitude arrive uniquement dans les zones semi-rurales ou de campagne), et lorsque l’algorithme réussit tout de même à créer un terrain, on voit qu’un grand nombre de rues sont laissées de côté car étant des impasses ou ne communiquant pas au sein du rectangle sélectionné avec d’autres rues existantes.

A titre d’exemple, j’ai pris la zone qui couvre notre rue (en haut de l’écran, la maison est exactement où se trouve le petit Pac-man jaune), le Soi Sukhumvit 71 (grand axe vertical à l’extrême droite de l’écran, qui est également appelé Soi Pridi Banomyong, ou Pridi de son petit nom), et les rues Ekkamai 10 et Ekkamai 12 (parallèles et horizontales, en bas de l’écran). L’école d’Esther est située sur Ekkamai 10, tout en bas à gauche de l’écran. A vol d’oiseau, elle est à 300 mètres de la maison environ, mais en raison de l’absence de rues traversantes, il est nécessaire de faire plus de 3 km pour y accéder, le tout en empruntant des rues embouteillées et dangereuses, si bien qu’il est nécessaire de la conduire et de la rechercher en voiture, comble de l’absurde, écologiquement et financièrement.

Pac-man à Bangkok, entre Ekkamai et Pridi

Pac-man à Bangkok, entre Ekkamai et Pridi

L’algorithme Pac-man est d’ailleurs trop optimiste, puisqu’il laisse croire à un passage en haut à droite de l’écran entre notre rue et la suivante, alors que ce raccourci a été privatisé par une école (circonstance aggravante : une école adventiste) et que nos multiples demandes pour avoir le droit de l’emprunter à vélo (demandes faites d’abord en personne, puis via téléphone, email, lettre et fax sur papier entête) n’ont finalement abouti à rien d’autre qu’à un silence certes chrétien, mais néanmoins pesant et probablement définitif.

Sachant donc qu’un fantôme adventiste et grisâtre squatte de façon permanente ce couloir pourtant sympathique, il faut se résoudre à aller jusqu’au boulevard, prendre un bout de trottoir en slalomant entre les vendeurs de soupe, les cabines téléphoniques implantées pile au milieu du chemin, et les mototaxis qui font une partie de dames accroupis sur le côté, puis revenir vers le fantôme rose dans une rue qu’affectionne particulièrement une bande de chiens sauvages régulièrement affamés, braver le passage où sévit un fantôme à l’esprit frappeur, et terminer par un kilomètre de sens unique (entre 6h et 9h) mais que d’éventuels fantômes invisibles n’hésitent pas à prendre à contre-sens s’ils sont en retard sur leur programme spirituel.

Et je vous fais cadeau de l’itinéraire bis de l’autre côté, qui ne figure pas sur la carte, car c’est le boulevard Ekkamai, et le boulevard Ekkamai, à vélo, c’est entre dix et quinze minutes d’espérance de vie (sans parler des poumons si d’aventure vous arrivez entier).

 Voilà, comme quoi, les bêtises de Google pour ados attardés, ça permet également de redécouvrir ses villes de prédilection et ça confirme qu’en matière de jeux d’arcades comme dans la vie réelle, les fantômes, c’est du sérieux.

 

PS. De nombreux journalistes ont visiblement consacré du temps et de l’énergie à ce jeu de Pac-man débarqué sur Google Maps. A lire par exemple une comparaison des terrains de jeu offerts par quelques villes européennes dans le Guardian…

Promenade sur Charoen Krung

Certaines rues de Bangkok sont très longues : sans rivaliser avec Sukhumvit qui suit la côte du Golfe de Thaïlande sur plus de 400 kilomètres – du centre-ville de Bangkok jusqu’à la frontière cambodgienne – la rue Charoen Krung, longue de près de 9 kilomètres, démarre dans le quartier historique de Rattanakosin où se trouve le Palais Royal, traverse Phahurat (la Petite Inde de Bangkok), le quartier chinois de Chinatown, et longe le fleuve Chao Phraya jusqu’au quartier de Bang Kho Laem, en traversant Silom et Sathorn.

Construite dans les années 1861-1864 sur ordre du roi Mongkut (Rama IV), elle n’eut longtemps aucun nom officiel et se faisait appeler Thanon Mai par les Siamois et New Road par les étrangers. Le roi Mongkut lui donna finalement son nom actuel, qui signifie « Le développement de la ville ».

Profitant d’une belle journée d’hiver, j’ai fait vendredi dernier une longue promenade urbaine en suivant une bonne partie de la rue Charoen Krung, traversant des quartiers qui comptent parmi les plus beaux de Bangkok, en raison notamment de la proximité du fleuve qui apporte un rythme et une lumière particulière.

L’intégralité des photographies est visible en accès libre sur mon site Flickr. Je n’en ai repris ici que quelques unes, agrémentées ici d’une petite carte destinée aux promeneurs et amateurs qui aimeraient retrouver les lieux indiqués.

Promenade sur Charoen Krung. Fond de carte © Stamen Design

Promenade sur Charoen Krung.
Fond de carte © Stamen Design

Ma promenade débute dans le quartier de Sathorn, longtemps repère de la communauté française. Un peu à l’écart de la rue principale, entourée désormais de gratte-ciels et devenue l’un des principaux centres d’affaires de Bangkok, se trouve le cimetière chinois de Tae Chio (également orthographié Tio Chew). Les Thaïlandais ne connaissent pas les cimetières (on disperse les cendres au vent), mais celui-ci a été ouvert en 1900 pour les immigrants chinois originaires du Guangdong (qui parlaient donc le dialecte Teochew). Il a longtemps été réputé abriter nombre de fantômes (en particulier la partie du cimetière où reposent les hommes seuls sans famille) et ses abords étaient évités par les chauffeurs de taxi. Les enterrements sont désormais interdits dans le centre-ville de Bangkok, mais les tombes anciennes ont été préservées.

Cimetière chinois de Tae Chio dans le quartier de Sathorn. Bangkok, le 20 février 2015

Cimetière chinois de Tae Chio dans le quartier de Sathorn. Bangkok, le 20 février 2015

Près du cimetière chinois de Tae Chio dans le quartier de Sathorn. Bangkok, le 20 février 2015

Près du cimetière chinois de Tae Chio dans le quartier de Sathorn. Bangkok, le 20 février 2015

Près du cimetière chinois de Tae Chio dans le quartier de Sathorn. Bangkok, le 20 février 2015

Près du cimetière chinois de Tae Chio dans le quartier de Sathorn. Bangkok, le 20 février 2015

Après être passé sous l’autoroute suspendue, on traverse des quartiers populaires.

Près du Wat Borom Sakon Srisutsopon Rangsan dans le quartier de Sathorn. Bangkok, le 20 février 2015

Près du Wat Borom Sakon Srisutsopon Rangsan dans le quartier de Sathorn. Bangkok, le 20 février 2015

 « L’éboueur, le garagiste et le cantonnier » : ce pourrait-être le titre d’une fable d’un La Fontaine siamois…

Quant à ce réparateur d’électronique en tout genre, lui confierait-on vraiment son magnétoscope en panne ou son micro-onde ?

Quartier de Sathorn, Bangkok, le 20 février 2015

Quartier de Sathorn, Bangkok, le 20 février 2015

En rejoignant Charoen Krung, on a quelques exemples typiques de l’architecture variée (voire hétéroclite) de la ville. Le Wat Sutthi Wararam, dont on doute qu’il soit extrêmement ancien, et la State Tower, oeuvre de l’architecte thaïlandais Rangsan Torsuwan et haute de 247 mètres (son restaurant-terrasse le Sirocco surplombé d’un dôme argenté apparaît dans une scène de l’extraordinaire « The Hangover 2 » – traduit en français par « Very Bad Trip 2 »).

Wat Sutthi Wararam, quartier de Sathorn, Bangkok, le 20 février 2015

Wat Sutthi Wararam, quartier de Sathorn, Bangkok, le 20 février 2015

State Tower, quartier de Silom, Bangkok, le 20 février 2015

State Tower, quartier de Silom, Bangkok, le 20 février 2015

La rue Charoen Krung passe au-dessus de l’un des khlongs encore à ciel ouvert de la capitale, le Padung Krung Kasem. On se croirait sur les bords de l’Oise…

Le canal Padung Krung Kasem vu du pont "Phitaya Sathira". Quartier de Samphanthawong, Bangkok, le 20 février 2015

Le canal Padung Krung Kasem vu du pont « Phitaya Sathira ». Quartier de Samphanthawong, Bangkok, le 20 février 2015

On entre ensuite dans le quartier de Talat Noi. Si la majorité des habitants de Bangkok ont des ancêtres chinois, la communauté qui vit dans ce quartier est l’une des plus anciennes de la ville. Les familles qui vivent ici font du commerce depuis plus de 200 ans.

 Certaines rues sont dévolues aux ferrailleurs et certains manquent visiblement de place. Dommage qu’il ne neige jamais à Bangkok car je serais curieux de voir comment l’art thaï de l’accumulation et de la sédimentation se croiserait à celui du déneigement.

Quartier des ferrailleurs, Talat Noi, quartier de Samphanthawong,  Bangkok, le 20 février 2015

Quartier des ferrailleurs, Talat Noi, quartier de Samphanthawong, Bangkok, le 20 février 2015

En entrant dans les arrière-cours, on tombe parfois sur de belles installations d’art contemporain.

Talat Noi, quartier de Samphanthawong, Bangkok, le 20 février 2015

Talat Noi, quartier de Samphanthawong, Bangkok, le 20 février 2015

C’est le Nouvel-an chinois et les lanternes sont de sortie.

Talat Noi, quartier de Samphanthawong, Bangkok, le 20 février 2015

Talat Noi, quartier de Samphanthawong, Bangkok, le 20 février 2015

Le temple chinois Chao Cho Sue Kong offre ses dragons au ciel et ses Bouddhas enfumés aux péquins.

L'hôtel River View Guest House depuis la cour du temple chinois Chao Cho Sue Kong (Wat Sun Hangyi), Talat Noi, quartier de Samphanthawong, Bangkok, le 20 février 2015

L’hôtel River View Guest House depuis la cour du temple chinois Chao Cho Sue Kong (Wat Sun Hangyi), Talat Noi, quartier de Samphanthawong, Bangkok, le 20 février 2015

Dans le temple chinois Chao Cho Sue Kong (Wat Sun Hangyi), Talat Noi, quartier de Samphanthawong, Bangkok, le 20 février 2015

Dans le temple chinois Chao Cho Sue Kong (Wat Sun Hangyi), Talat Noi, quartier de Samphanthawong, Bangkok, le 20 février 2015

Et le fleuve est là, juste à côté, mais accessible seulement aux regards des habitants de ses rives, ou aux promeneurs béotiens qui se perdent dans de tortueuses ruelles et accèdent soudain à quelque ponton incroyable. Des urbanistes locaux parlent de créer une voie piétonne et cyclable qui permettrait de se promener le long des eaux de la Chao Phraya. Pour l’an 10000 ?

La rive gauche du fleuve vue depuis le ponton devant le temple chinois Chao Cho Sue Kong, Talat Noi, quartier de Samphanthawong, Bangkok, le 20 février 2015

La rive gauche du fleuve vue depuis le ponton devant le temple chinois Chao Cho Sue Kong, Talat Noi, quartier de Samphanthawong, Bangkok, le 20 février 2015

A quelques encablures de là, on entre dans le beau monastère du Wat Pathum Khongkha Ratchaworawihan, où Mondrian aurait rencontré Bouddha.

Monastère Wat Pathum Khongkha Ratchaworawihan, quartier de Samphanthawong, Bangkok, le 20 février 2015

Monastère Wat Pathum Khongkha Ratchaworawihan, quartier de Samphanthawong, Bangkok, le 20 février 2015

Presque un petit air de Naples. Les robes des moines sèchent au soleil. Pas un bruit, quelques chats passent de l’ombre à l’ombre.

Monastère Wat Pathum Khongkha Ratchaworawihan, quartier de Samphanthawong, Bangkok, le 20 février 2015

Monastère Wat Pathum Khongkha Ratchaworawihan, quartier de Samphanthawong, Bangkok, le 20 février 2015

De l’intérieur du wat, on vise un moine surfeur.

Monastère Wat Pathum Khongkha Ratchaworawihan, quartier de Samphanthawong, Bangkok, le 20 février 2015

Monastère Wat Pathum Khongkha Ratchaworawihan, quartier de Samphanthawong, Bangkok, le 20 février 2015

Puis il faut quitter cette île de silence et de beauté pour retrouver le fourmillement de Chinatown. La rue Yaowarat est tout entière dévolue aux piétons pour le marché du Nouvel-an chinois (année de la chèvre ou du mouton, c’est selon, le chinois n’a qu’un mot pour les deux).

Rue Yaowarat, quartier de Chinatown, Bangkok, le 20 février 2015

Rue Yaowarat, quartier de Chinatown, Bangkok, le 20 février 2015

On termine la promenade sur Charoen Krung, pas très loin de Hua Lampong, la gare de Bangkok. Un vendeur d’amulettes magiques a installé son étal sur le trottoir et attend – assez nonchalamment on doit le dire – le chaland.

Rue Charoen Krung, quartier de Chinatown, Bangkok, le 20 février 2015

Au hasard, Balthazar

Bangkok met du temps à se révéler au profane. D’autant plus quand celui-ci rêverait de promenades bucoliques sur des trottoirs plans revêtus de bitume ébène ou de balades vélocipédiques, perché sur son hollandais volant, sillonnant les grands axes le nez au vent.

Il faut s’y faire : ici, les trottoirs – quand ils sont là – sont prétextes à slaloms entre charrettes à brochettes, aveugles vendeurs de tickets de loterie accroupis au milieu de la chaussée et poteaux électriques impromptus. Quant aux pistes cyclables, mmm, un jour, dans dix mille ans !

Mais une fois le permis de conduire en poche (il va d’ailleurs falloir bientôt retourner au Department of Land Transportation, histoire de renouveler le sésame arrivé à échéance…), le scooter domestiqué, le vrai code de la route en vigueur appris et pratiqué, et pour peu que la pluie torrentielle n’ait pas transformé les rues en marécages à crocodiles (tiens, au passage, certains d’entre vous sont-ils tombés sur cet article de qui vous savez qui montre combien mon petit blog est en avance sur la vague de l’actualité chaude ?) on peut tout à fait imaginer se promener dans les sois et subsois de la capitale en se laissant griser par le spectacle toujours renouvelé de l’innovation humaine autochtone.

Profitons par exemple d’une pause au feu rouge pour nous demander vers quelle piscine azur roule ce maître-nageur en goguette, frites et planches littéralement en bandoulière…

Maître-nageur

Passons sous ces tunnels de verdure impromptus, où les végétaux fous profitent des dizaines et dizaines de câbles électriques, fibres optiques et fils téléphoniques suspendus à travers les cieux. Arrêtons-nous un instant pour admirer les talents d’équilibristes de ces techniciens locaux qui, non contents de retrouver dans ce capharnaüm magnifique le fil de leur choix, se livrent dans le même temps à des exercices de haute-voltige à haut-voltage.

Verdure électrique

Et enfin, pour clore cette courte promenade motorisée, recueillons-nous devant l’architecture à l’oeuvre. Qui a dit que le Siam n’avait pas de patrimoine antique ? C’était peut-être vrai à l’époque, mais aujourd’hui, il faut bien se rendre à l’évidence, les ruines de colonnes doriques (à moins qu’elles ne soient plutôt corinthiennes) poussent désormais comme des champignons, et leurs linteaux de béton armé soutiennent des temples si beaux qu’ils en sont invisibles aux yeux des hommes, ces indignes profanes. On se croirait à Césarée.

Grèce

 

Une matinée sur la côte

Ce samedi matin, Simon n’avait exceptionnellement pas son cours d’anglais-legos hebdomadaire de 10h45 à Whimsy We English (cherchez-le sur les photographies !). Aussi, afin de quitter quelques heures la mégalopole à l’atmosphère parfois lourde et congestionnée, nous avons décidé de faire une petite balade à l’extérieur de la ville, sur le bord de mer géographiquement le plus proche de Bangkok, à une vingtaine de kilomètres à vol d’oiseau.

Il faut d’abord dire que ce genre de décisions ne se prend pas ici à la légère et requiert un certain courage, ou, disons, une certaine tranquillité d’esprit au départ. En effet, faire quelque chose de nouveau dans nos contrées adoptives peut s’avérer au moins autant douloureux et regrettable que bénéfique et agréable (à parts égales grosso modo). Il suffit d’un rien parfois pour faire dérailler l’expédition : un lieu mal indiqué, quelques degrés de trop, une inadéquation par trop importante entre ce qui a été vendu aux membres les plus jeunes du groupe et la réalité de l’expérience…

En l’occurrence, à neuf heures pétantes, au moment de faire refroidir l’habitacle de la Toyota familiale, un doute m’assaillit.

Notre objectif pour cette journée de sortie était le « Bang Pu Nature Education Centre » dont le Bangkok Guide 19th Edition (« The Essential Guide To Living In Bangkok ») disait le plus grand bien. Je traduis la courte description figurant à la page 437 de l’opus cité.

Centre naturel éducatif de Bang Pu

164 Moo 2 Route de Sukhumvit, Bangpumai, District de Muang. Borne du km 37 depuis Bangkok.

Ce centre est un projet commun du WWF de Thaïlande et de l’Armée Royale de Thaïlande. Il se trouve sur une côte humide consistant en une mangrove et des bancs de boue qui abrite de nombreuses espèces animales et est visitée par des milliers d’oiseaux migrateurs (162 espèces d’oiseaux ont été observées). On y trouve un chemin faisant le tour des 13.4 hectares du site, quatre cachettes d’observation ainsi qu’un centre pour visiteurs avec des expositions sur la nature. Le centre est ouvert aux écoliers la semaine et au public le weekend et durant les vacances scolaires. Il y a un délicieux restaurant de fruits de mer sur la jetée de Suk Ta. Suivez les signes sur la route Sri Nakarin car le centre est bien indiqué.

Quel programme alléchant ! Les jumelles dans le sac et les enfants extrêmement motivés, nous étions donc parés pour l’observation animalière.

Au moment de faire refroidir l’habitacle, donc, car les 29° du petit matin sont déjà chauds, ma recherche sur Google Maps s’avéra vaine. Pas de Bang Pu Nature Education Centre qui tienne. Bang Pu Mai donne un résultat, mais imprécis, et rien qui ressemble de près ou de loin avec la vision satellite à un parc. Il y a bien une petite tache verte dans le coin, mais il s’agit d’un golf… Sur Internet, quelques sites tous antérieurs à 2011 (autant dire une éternité en la matière !) citent ce parc, mais pas de site web proprement dit, ni bien entendu d’onglet Contact avec un petit plan aux oignons…

Vous me direz : qu’à cela ne tienne, « le centre est bien indiqué », comme dirait l’autre, il suffit d’aller dans la direction, on trouvera bien. Bon, c’est finalement ce qui s’est passé, mais j’aimerais néanmoins apporter quelques bémols à cette position de principe qui, si elle s’avéra justifiée aujourd’hui, représente néanmoins un danger qu’il convient en général d’éviter comme la peste. Il faudra bien un jour que je consacre un billet à la « problématique des adresses en Thaïlande », car c’est de cela qu’il s’agit.

Avant l’invention de Google Maps, je n’ai aucune idée de la façon dont les gens pouvaient trouver un lieu encore jamais visité auparavant. A cela plusieurs raisons, qu’il conviendra de détailler ultérieurement. Tout d’abord, chaque rue possède en général deux ou trois noms ; le nom officiel n’est pas nécessairement le nom d’usage, et les cartes indiquent tantôt l’un tantôt l’autre, voire un troisième, en fonction de l’humeur du cartographe. De plus, le principe de numérotation est assez obscur et les numéros ne se suivent pas nécessairement de très près ; si le principe pair / impair est en général respecté, lorsque la rue se divise en deux, mettons à droite et à gauche, il n’est pas rare que les deux portions conservent le même nom, tandis que les numéros vont continuer d’un côté, jusqu’au bout de cette portion, et se poursuivre ensuite, mais à partir de l’intersection précédente, dans l’autre sens (mon explication est obscure, mais la réalité l’est encore plus)… Par ailleurs, pour nous, pauvres béotiens qui ne maîtrisons pas les douces formes des 44 lettres de l’alphasyllabaire thaï, le cauchemar suprême réside en ceci qu’il n’existe pas de translitération officielle vers l’alphabet latin : un toponyme thaï peut donc apparaître sous trois ou quatre formes (voire encore d’avantage) lorsqu’il est écrit dans notre alphabet. Enfin, une fois perdu ou égaré, lorsqu’on arrête un autochtone sympathique (facile, ils le sont tous) pour se renseigner, même avec la meilleur volonté du monde, quelques bases de thaï ou d’anglais de part ou d’autre, il est rigoureusement impossible de comprendre quoi que ce soit à l’explication donnée, car la représentation de l’espace ici semble très différente de celle à laquelle nous sommes habitués dans nos contrées européennes, et l’usage de la carte plane pour représenter une monde tridimensionnel semble relever assez largement de l’ésotérisme pour les autochtones en question (c’était déjà plus ou moins le cas en Russie, mais là-bas, difficulté supplémentaire, le quidam n’était pas forcément très très rendant service)…

Je reviendrai donc sur le problème du nom de lieu dans un futur billet. Aujourd’hui, tout se passa pour le mieux. Pas un retour-arrière ne fut nécessaire, pas une bretelle d’entrée d’autoroute ne fut oubliée, pas une sortie ne fut dépassée. En trois-quarts d’heures de conduite sur les autoroutes suspendues (là aussi un billet s’imposera, car il s’agit véritablement d’un plaisir géographique et visuel dans une ville qui n’en compte pas tant) nous arrivâmes au lieu voulu.

La voiture à peine garée, un tuk-tuk s’approche. Le tuk-tuk est une sorte de petit engin de transport motorisé, sans vitres et sans portes, qui a remplacé le pousse-pousse il y a quelques décennies. Il pourrait largement lui aussi faire l’objet d’un prochain billet. Ni une ni deux, nous voilà tous quatre installés dans la bête, et passons en pétaradant sous Sa Majesté.

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Aussitôt la porte passée, nous voilà sur une longue jetée : à droite et à gauche, la baie, ou plutôt, les bancs de boue, colonisés par de petits crabes qui jouent à cache-cache. Pas de baignade ici, la plage s’enfonce si lentement dans la mer qu’il faudrait marcher des kilomètres avant d’en avoir aux genoux. Quelques bateaux de pêche, dans le lointain.

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Pas énormément d’oiseaux. Peut-être est-ce la saison qui veut cela. Une mouette néanmoins, posée sur le béton, écarte les ailes comme si elle s’apprêtait à prendre son envol. Mais elle est en plâtre et reste finalement là à attendre encore un peu l’instant propice.

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Le bâtiment au style incertain, disons chinois 90’s, marque le terminus du tuk-tuk. Un ciel moutonneux se reflète dans les vitres bleutées. On nous invite à laisser animaux de compagnie, brownings, colts et autres armements divers à l’entrée. Nous avions laissé la kalach à la maison ce matin et n’avions pas amené avec nous notre éléphant domestique, cela tombe bien. Nous entrons, à la recherche du centre pour visiteurs.

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Dans le bâtiment, un petit marché, quelques vendeurs de babioles, puis une immense salle de restaurant, qui se transforme, à l’heure où les tigres rôdent dans la mangrove, en piste de bal réputée à la ronde. Sur le mur du fond figure une fresque, dans le style naïf tardif, représentant l’oeuvre architecturale qui l’abrite. L’artiste a ajouté un ciel zébré crépusculaire se reflétant dans les vitrages aux géométries audacieuses.

Le Roi et la Reine, parés de leurs couvre-chefs en poil d’émeu, semblent inviter les futures danseurs à ne pas oublier en se déhanchant les quatre piliers du Royaume : « pour le Pays, les Religions, la Monarchie et le Peuple », tout en se montrant à la hauteur des caractères essentiels du Thaï contemporain : « intelligent, averti, moderne et visionnaire ».

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Le bâtiment traversé, nous nous retrouvons de l’autre côté : le ciel toujours se reflète dans les vitres bleutés. L’ouvrage a les pieds dans la boue, c’est-ce qu’on appelle l’architecture sur pilotis bétonnés, un savoir-faire qui fait la gloire et la renommée des agences d’architecture locales.

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De centre pour visiteurs, point n’avons vus. Heureusement, un point de vue, dûment indiqué, permet aux ornithologues en herbe de sortir leurs jumelles pour observer l’horizon. C’est le moment de murmurer à la brise les premiers vers du cimetière marin.

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée !

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Poétique du lieu mise à part, il faut bien se faire une raison : le centre pour visiteurs, s’il existe, n’est pas au bout de la jetée. Car au bout de la jetée, il y a le point de vue, et rien que le point de vue.

Retour à la case départ, donc, re-tuk-tuk et re-pétarade vers le parking. Suivant désormais les flux majoritaires de visiteurs, adoptant par là-même la tactique asiatique de la fusion dans le groupe, nous avisons un point d’entrée dans la mangrove. Un petit chemin, tout de béton et de métal, suspendu au-dessus des eaux, pénètre dans l’immensité verte.

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La diversité animalière tant attendue s’offre enfin à nous. Nous avançons d’un bon pas sur ce chemin suspendu. Les oiseaux moqueurs répondent aux joyeux tritons slalomant entre les sacs en plastique. Tous doivent rire de bon coeur en nous voyant cavaler, poursuivis par une quantité incroyable de moustiques tigres voraces et tenaces.

Nous décidons de réserver le tour des 13.4 hectares à une autre visite, certains membres de l’expédition faisant preuve d’une exaspération bien visible. Il est 10h30, grand temps de gagner le restaurant.

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Le restaurant, ah le restaurant ! Foin des centres pour visiteurs, des parcours pédagogiques sur la mangrove, des 162 espèces d’oiseaux à observer les jours de pleine lune ! L’élément le plus important pour le Thaï, lorsqu’il a quitté son chez soi pour une promenade dominicale, voire saturnale, c’est d’être certain qu’il pourra se sustenter correctement, à l’heure qui lui convient et dans un lieu frais si possible.   

En la matière, nous trouvons enfin le bonheur et le réconfort, avec vue sur les bancs de boue, le doux ronronnement des ventilateurs éclipsant enfin les jacassements pénibles des oiseaux. 

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Il est onze heures. Le riz frit au crabe est sur la table, ainsi que les moules et une bonne bière fraîche avec des glaçons. On oublie les moustiques, le soleil au zénith, et les promenades éducatives dans la mangrove. Le centre pour visiteurs n’existait pas : qu’à cela ne tienne. Il s’appelait tout simplement restaurant, il faudra faire une rectification dans le Bangkok Guide 19th Edition (« The Essential Guide To Living In Bangkok »).

Enfin, on  peut se consacrer à la seule occupation qui vaille réellement ici-bas : manger !

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Dans un prochain épisode à venir : la suite de la promenade. Une après-midi au parc des crocodiles

Rhinish Travel

Rhinish Travel

Depuis notre arrivée ici, à chaque fois que je passe devant l’agence de voyage Rhinish Travel, dans le Soi Thonglor 13, je ne peux m’empêcher de penser à « La Planète des Singes ».

Non que l’Asie du sud-est m’ait définitivement transformé en l’un de ces affreux jojos colonialistes qui assimilerait les « nhiaqués » à de vagues primates. De toutes façons, plus personne n’emploie ce mot depuis la chute de nos colonies indochinoises. Et l’on ne parle plus non plus de colonialistes depuis qu’ils se sont transformés en expatriés.

En réalité, ce qui me frappe, c’est l’effet de retournement absolu qu’offre cette affiche. Les agences de tourisme habituelles, y compris à Bangkok, vantent leurs produits de consommation courante en affichant des occidentaux dénudés jouant au beach-volley sur fond de pains de sucre, si possible au coucher du soleil. Ici, le public visé par cette « Gourmet Boutique Travel Agency » est sensiblement différent, et l’image à l’opposé de tous les canons du tourisme moderne.

Et pourtant, ô combien on le comprend et on l’envie ce vieux Thaïlandais, avec sa petite sacoche en cuir sous le bras, portant modestement un chapeau – auquel il ne manque que la plume d’oie – délicieusement mal assorti à sa veste pied-de-poule, pour ne rien dire de sa cravate rouge à rayures cachée sous un petit gilet bleu probablement très piquant.

On le comprend et on l’envie, car il pose devant l’Europe aux anciens parapets d’une route de montagne : il doit faire délicieusement frais, le ciel est brumeux, c’est probablement l’automne déjà, il vient de franchir un col peut-être et retourne dans la vallée. Il est en Suisse assurément. Arrivé à l’hôtel, il va pouvoir se faire servir un bon déci de fendant en attendant la nuit qui va tomber doucement. Peut-être ira-t-il demain à Berne ou à Lucerne ? Ou passer une nuit à Zermatt ?  Pourquoi pas les Grisons, une promenade à Sils-Maria, une après-midi aux Thermes de Vals ?

Pour en avoir le coeur net, je suis allé consulter le site web de Rhinish Travel, et notamment la page consacrée aux voyages organisés en Suisse.  Le site est en thaï uniquement, mais les traducteurs automatiques de Google font des merveilles. On y apprend donc qu’un voyage est organisé du 16 au 23 octobre 2557 (cette année, donc, en calendrier bouddhiste), qui permettra de jouir d’une « beauté pittoresque inchangée ». Les voyageurs iront à Genève, grande ville de la « paix mondiale », ainsi qu’à Lausanne, « empreinte du règne de Sa Majesté le Roi Rama VIII et du Roi actuel ». Après avoir humé l’air de Zermatt, le « village sans pollution », ils bénéficieront d’une dégustation de fondue à Interlaken et d’une croisière en bateau privé sur le lac de Lucerne. L’ensemble du voyage s’inscrit par ailleurs sur les traces du voyage que le Roi Chulalongkorn (Rama V), le grand-père de Bhumibol, a fait en Suisse en mai 1897.

Amis thaïlandais amateurs de voyages culturels en pays tempérés, n’hésitez plus, ce voyage est fait pour vous !

PS. Pour ceux qui auraient envie d’aller plus loin, j’ai trouvé un site bien documenté sur le voyage du Roi Chulalongkorn en Suisse. Où l’on apprend notamment qu’il a entendu quelques extraits de Lohengrin et pu déguster un Sorbet Majesté…

Tentative d’épuisement d’un lieu bangkokien

Asok, le mardi 1er avril 2014, vers 13h30

Asok, le mardi 1er avril 2014, vers 13h30

En général, après le déjeuner, et avant de retourner travailler, je prends un café en fumant une cigarette sur la terrasse d’un café surplombant l’avenue d’Asok, au pied de mon bureau situé dans le BB Building.

J’aime me poster là quelques minutes et regarder la vie animée sur l’une des principales artères du centre de Bangkok. Il m’arrive parfois d’être accompagné de Patrick, le beau gosse du marketing, et l’un des seuls au bureau en compagnie duquel l’on puisse reluquer les filles tranquillement. Nous nous comparons alors à deux flics de la police routière qui surveilleraient le trafic du haut de leur guérite…

Aujourd’hui, j’étais seul, mais j’ai trouvé que l’ambiance générale valait la peine d’être photographiée et partagée ici même. Rien de spectaculaire ou d’exceptionnel, mais un ensemble de petites choses que l’on pourrait tenter de décrire à la manière de Perec.

La date : le 1er avril 2014

L’heure : 13h30

Le lieu : Bangkok, Asok (Sukhumvit Soi 21), BB Building

Le temps : Très chaud et humide. Ciel bleu.

Esquisse d’un inventaire de quelques-unes des choses strictement visibles :

– La balustrade en bois qui entoure la terrasse du café.

– Deux mototaxistes au premier plan portant leur gilet orange numéroté : le n°9 porte un bonnet contrairement au n°2 qui est nu-tête. Ils attendent le client en devisant tranquillement, protégés de la chaleur par l’ombre d’un arbre. Si le client est un homme, il s’assoira derrière le chauffeur, une jambe de chaque côté de la mobylette. Si le client est une cliente, elle s’assoira en amazone, sauf si elle est étrangère, auquel cas il est probable qu’elle assoira comme un homme. Si le client est un couple formé d’un enfant accompagné d’un adulte, l’enfant s’assoira probablement entre le chauffeur et l’adulte. Si le client est un triplet formé de deux enfants accompagnés d’un adulte, le plus jeune enfant s’assoira certainement devant le chauffeur, tandis que l’enfant le plus âgé prendra la place intermédiaire entre le chauffeur et l’adulte. Il est possible, bien qu’improbable, d’observer d’autres configurations (deux adultes, trois enfants, un animal, etc.) mais il est difficile dans ce cas de donner une règle systématique d’occupation de l’espace.

– Un arbre feuillu bien garni, au tronc légèrement penché vers la gauche. L’espèce du végétal en question est inconnue (de nos services).

– Deux poteaux électriques sur la droite portant un ensemble d’appareillages (transformateurs ? prises ? dérivations ?) et supportant par ailleurs une publicité rouge et blanche surplombant le trottoir et ventant les mérites de la compagnie aérienne Emirates.

– Un certain nombre de fils électriques dominant les trottoirs et la chaussée elle-même, qui ont déjà donné lieu à un billet sur ce blog, et qui forment une courbe en chaînette, par le jeu des forces de traction et de pesanteur.

– Un vendeur ambulant, portant un chapeau de paille et tirant sur la voie la plus à gauche de la chaussée, réservée par conséquent aux véhicules lents, une charrette métalliques à deux roues sur laquelle l’on peut distinguer des plantes en pots ainsi que quelques fleurs rouges dans une cagette de plastique bleu.

– Trois personnes sur le trottoir au premier plan attendant de pouvoir traverser la route sur un passage clouté. Il est possible qu’il s’agisse d’employés de bureau. Une quatrième personne est peut-être cachée derrière l’homme à la chemisette blanche qui porte visiblement une cravate ou un badge en pendentif.

– Cinq véhicules motorisés passent sur la route : une camionnette blanche précédée d’une mobylette dont le chauffeur porte un sweat-shirt blanc succèdent à une mobylette rouge et noire dont le conducteur s’apprête à dépasser un taxi rose (ils vont de la gauche vers la droite, c’est-à-dire du sud vers le nord) ; une voiture blanche circule dans le sens inverse en direction du boulevard Sukhumvit.

– Le feu est vert pour les véhicules et rouge pour les piétons. Il indique aux piétons le nombre 20, ce qui signifie que ceux-ci pourront s’élancer dans 20 secondes et traverser la rue.

– Une douzaine de personnes attendent de l’autre côté de la route. Parmi elles on peut compter un certain nombre de jeunes adultes qui se rendent probablement à l’Université Srinakharinwirot.

– A l’arrière plan un immeuble dont les deux premiers étages accueillent des magasins et restaurants. Parmi ces espaces un drugstore japonais nommé Tsuruha, un restaurant rapide nommé Subway et un restaurant japonais nommé Kung-Fu.

Une perspective similaire est visible sur Google Street View à l’adresse :

https://www.google.fr/maps/@13.743747,100.56226,3a,75y,281.85h,84.8t/data=!3m4!1e1!3m2!1s28BSciNN52qh-48htVnU5g!2e0

Le lecteur attentif notera néanmoins s’il a la curiosité de se retourner que le café actuel était occupé auparavant par une banque aux tonalités oranges offrant un taux de 4.25%.

Le livreur de gaz

Un petit conseil de conduite à Bangkok : vérifiez toujours dans l’angle mort que vous n’avez pas cinq bouteilles de propane en train de se frayer un passage entre le trottoir et vous…

Bangkok, le 10 janvier 2014

Bangkok, le 10 janvier 2014

Les Thaïs n’ont peut-être pas inventé la poudre, mais la moto à gaz si !

On est allé au cinéma

Profitant du festival de cinéma de Bangkok, on est allé au cinéma.

Il faut dire que d’habitude, les films à l’affiche sont dans leur immense majorité des blockbusters américains qui ne donnent pas envie (en tous cas pas encore) et les quelques films thaïs ou asiatiques qui passent ne sont pas forcément sous-titrés dans une langue connue de nos services.

Hier, donc, était projeté, dans le cadre de ce festival assez confidentiel, « L’inconnu du lac », film français d’Alain Guiraudie, en version originale sous-titrée. Quoique ce ne soit pas le sujet du billet, le film nous a plu, et encore heureux, car pour le reste, c’était sportif.

Il faut donc commencer par le commencement. Le film passant à neuf heures du soir, on est sorti de la maison à sept heures moins le quart, pour avoir le temps de dîner. A vol d’oiseau, le cinéma est situé à environ cinq kilomètres.  Pas forcément la mer à boire, mais vue la configuration de Bangkok en terme de transports et d’organisation en général, c’est une expédition, au sens propre du terme…

La première étape consiste à rejoindre le métro depuis la maison. Premier choix, qui n’en est pas vraiment un : soit une demi-heure à pied, avec l’assurance d’être trempé de sueur en arrivant et d’attraper une bonne crève en raison du gradient de température entre les 30° extérieurs et les wagons réfrigérés du métro aérien, ou le moyen rapide et efficace que représente le moto-taxi – en gros on s’assoit à l’arrière d’un scooter conduit par un moto-taxiste – qui a le seul désavantage d’être parfois assez risqué en fonction du degré d’alcool ou de médicaments en tous genres dans le sang du conducteur et de son goût plus ou moins prononcé pour le slalom entre les bagnoles qui roulent au pas (quand elles roulent). Va pour le moto-taxi.

Ensuite, une un bon quart d’heure de métro aérien. C’est un moment en général agréable, qui permet d’apprécier la ville d’en haut. Les wagons ne sont pas forcément bondés, pas de cohue à l’entrée ni à la sortie, on sent une certaine discipline dans l’utilisation d’un moyen de transport qui n’a qu’une dizaine d’années (mais comment faisaient-ils, avant ?). La réfrigération, au début ça surprend, et puis on y prend goût, on en redemande, même.

Mais il faut bien sortir un jour. Les stations sont assez éloignées les unes des autres, il faut donc en général marcher pour arriver à destination. Le plus souvent, un autre petit tour de moto-taxi fait l’affaire. Mais dans l’hyper-centre où se trouve le cinéma, il existe un skywalk (sic) qui est une sorte de passerelle suspendue à six ou sept mètres du sol, entre l’avenue où roulent six files parallèles de voitures (qui sont en général empêtrées dans un long et majestueux embouteillage) et le métro aérien qui surplombe le tout à une quinzaine de mètres de hauteur. Une promenade sur le skywalk, c’est le futur là-maintenant-tout-de-suite, entre Métropolis et Soleil vert, un peu plus près du premier ou du second selon l’humeur, la température et le taux de micro-particules en suspension.

Cinq-cents mètres de promenade dans le ciel et on arrive au mall qui abrite le cinéma. J’imagine que l’on pourrait empiler cinq ou six Galeries Lafayette dans chacun des centres commerciaux gigantesques qui se suivent au centre de Bangkok. Du coup, il faut marcher, marcher, et marcher encore, dans l’atmosphère climatisée et bruyante de longs espaces aux géographies incertaines. C’est bientôt Noël, et les sapins synthétiques sont de sortie, géants comme de raison. Il n’est pas loin de huit heures quand on arrive au cinéma.

photo 1

Une des particularités des salles de cinéma en Thaïlande, c’est que les places y sont numérotées, et que les prix y varient en fonction de la localisation et du type de siège choisi. Du coup, l’achat de ticket est long, les gens prennent leur temps, hésitent, avant d’opter pour le salon VIP au milieu de la salle, la classe Premium en hauteur, ou les sièges standards sur les bords ou devant l’écran… Une vingtaine de minutes de queue pour acheter deux des toutes dernières places pour le film. On a échappé de peu au désastre.

Du coup, impossible d’espérer ressortir du monstre pour aller dîner sur le pouce dans un endroit plus agréable. Quelques sushis vite expédiés dans l’atmosphère d’aéroport du Food court feront l’affaire. Impossible de s’en griller une avant la séance bien évidemment, il est d’une part interdit de fumer dans les lieux publics et d’autre part techniquement impossible d’accéder à d’éventuelles ouvertures vers le monde extérieur (terrasses, escaliers de secours, fenêtres…).

Neuf heures moins cinq, c’est l’heure d’y aller. On s’installe, quelques bandes-annonces, quelques publicités, comme de juste. On s’enfonce dans les sièges moelleux, on savoure ce moment tant attendu et bien mérité.

Soudain, les lumières se rallument. Tous les spectateurs sans exception se lèvent. Une alerte ? Un exercice d’évacuation ? Non, c’est simplement l’heure de l’hymne au Roi, qui retentit deux fois par jour dans toute la Thaïlande ainsi qu’au début de toutes les séances de cinéma. L’hymne est accompagné par un petit film réalisé à partir de photographies du Roi Rama IX,  avec un rendu 3D assez extraordinaire.

Ensuite, c’est plus classique, on se rassoit, le film commence et passe dans un calme assez satisfaisant pour un spectateur habitué aux mœurs des cinémas d’art-et-d’essai à la française. Il n’y a pas de coupure au milieu comme chez ces sauvages d’Italiens, les scrountchs scrountchs sont discrets et on a même droit au générique de fin (mais avec la lumière et les spectateurs debout qui se déshabillent pour sortir). Il faut en effet noter, même si cela paraît logique somme toute, que c’est pour entrer dans les lieux climatisés et en particulier au cinéma où l’on est immobile dans une atmosphère fraîche, que l’on se couvre, alors que la température de la rue ne nécessite jamais à Bangkok la moindre veste ni le moindre pullover (que les boutiques de fringues proposent malgré tout une saison d’hiver avec col roulés, pulls en laine et cabans fera éventuellement l’objet d’un autre billet un de ces jours mais c’est une autre histoire).

Nous nous déshabillons donc, remettons écharpe et veste dans nos sacs, et refaisons, dans l’autre sens, le trajet qui nous ramène à la maison. L’heure tardive autorise le taxi automobile à la place du moto-taxi, celui-ci étant encore plus déconseillé la nuit que le jour. Il n’est pas loin de minuit quand nous arrivons sains et saufs à la maison…

Voilà, nous sommes donc allés au cinéma à Bangkok. C’était hier soir et on s’en remet à peine. Ce soir, ce sera plutôt DVD. On hésite encore : avec ou sans hymne avant ?

 

Casquettes de poulets

La police routière thaïlandaise est comme on l’imagine. Un peu indolente, pas très efficace, assez corrompue. Mais il y a une chose qui la rend finalement plutôt aimable : la forme des petits abris d’où ses membres observent les usagers… Je n’ai pas encore réussi à prendre en photo l’animal dans son habitat naturel, mais voilà déjà un bel exemple de casquettes de poulets… sans poulets !

Casquettes de poulets

Casquettes de poulets