Vivre à Bangkok

Deux mois presque jour pour jour sans un seul billet… A ma décharge, ce furent deux mois plutôt bien remplis. Je profite d’un dimanche après-midi pluvieux et paresseux (enfin, pas tant que ça finalement) pour remettre un peu de charbon dans ce blog qui va cahin-caha…

J’avais envie aujourd’hui d’un petit billet anaphorique, pour célébrer les trois ans à l’Elysée de qui l’on sait. Plouf.

Alors voilà, ça s’appelle « Vivre à Bangkok », et ça commence comme ça.

 

Bonzes

Vivre à Bangkok, c’est passer devant un temple, entendre des chants s’en échapper, entrer, et écouter quelques minutes moines et moinillons, assis à terre, les pieds tournés vers l’arrière, afin de ne surtout pas les montrer à Bouddha. C’est très beau, pas tout à fait autant que les chants de la liturgie chrétienne orthodoxe, mais bien supérieur à ce que l’on peut entendre désormais dans l’église catholique romaine. Les mélodies sont très répétitives en général, j’imagine que l’effet de transe pour celui qui prie ainsi est garanti. Pour l’auditeur, c’est bien aussi.

Coq

Vivre à Bangkok, c’est courir le long du canal, au petit jour ou à la tombée du soleil, pour essayer d’attraper quelques petits grains de fraîcheur, peine perdue en général. Les animaux de basse-cour sont chez eux. C’est comme si cette ville était aussi luxuriante que le milieu naturel qu’elle a envahi. Un parking à peine délimité, un chemin tracé, une route goudronnée, et aussitôt ce sont de petites cahutes qui apparaissent sur les bords, de bric et de broc, aux interstices, une petite boutique de planches, un vendeur de nouilles, un élevage de poules. Et on court au milieu de ce bouillonnement.

Hôpital   Vivre à Bangkok, c’est, quand il le faut, aller voir le médecin dans un hôpital qui ressemble à un aéroport, de verre et de clarté, immense. C’est attendre son tour dans un hall où jouent des musiciens en chair et en os, pendant qu’un émir du Golfe à l’habit blanc immaculé accompagne sa dame en noir et n’a pas l’air trop inquiet de devoir entendre le jazz sacrilège qu’on lui inflige.

Pimp

Vivre à Bangkok, c’est aller aux réunions du lycée français et passer au retour, sur le chemin des écoliers, au sens propre puisqu’il s’agit de la rue du lycée, devant deux salons de massage, un sauna, deux bordels et enfin devant le Pimp, mythique établissement de nuit, peuplé de créatures à la queue fourchue, qui parfois prennent le frais en fumant une cigarette sur les marches.

Vélos

Vivre à Bangkok, c’est pouvoir aller faire du shopping au Nightingale Olympic Co, entre Chinatown et Little India. Les dernières marchandises ont été reçues aux alentours des années 70, peut-être début 80 pour les plus récentes. Les vendeurs et vendeuses sont bien évidemment les mêmes qu’à cette époque, et semblent avoir pris racine tout en se momifiant, ce qui est du plus bel effet. On peut y trouver un très vaste assortiment de vélos d’appartement, datant d’une époque où l’on n’appelait pas encore ça des home trainers.

Crapauds

Vivre à Bangkok, c’est pouvoir acheter au marché de gros crapauds pustuleux bien vivants enfermés dans de jolis sacs en plastique. Ils vont souvent par deux, sans doute afin ne pas se sentir seuls lors de leurs dernières heures avant le grand plongeon dans l’eau bouillante.

Tigre

Vivre à Bangkok, c’est aller marcher dans les montagnes de Chiang Mai et observer des empreintes de tigre encore fraîches sur le chemin de crête.

Sasha

Vivre à Bangkok, c’est d’ailleurs vivre avec les tigres à la maison, tous les jours.

Pique-nique

Vivre à Bangkok, c’est pique-niquer sur un rocher en haut des montagnes de Chiang Mai et manger du riz tenu au chaud dans une feuille de bananier avec des baguettes taillées quelques instants auparavant dans un bambou. C’est bien sûr avoir le plaisir de tout jeter ensuite par dessus bord tout en ayant la conscience tranquille.

Sexual

Vivre à Bangkok, c’est célébrer sa performance sexuelle au quotidien grâce notamment aux bons soins de la clinique Keerati du boulevard de Thonglor, dont on ignore les secrets de fabrication précis.

Motorbike  Vivre à Bangkok, c’est amener sa fille à l’école tous les jours en scooter et se retrouver immortalisé sur les murs de la classe.

Vivre à Bangkok, c’est marcher dans la forêt, être seul au monde, et pourtant en avoir des bourdonnements dans les oreilles pendant des jours et des jours.

 

Cigarette

Vivre à Bangkok, c’est vivre en Asie, et l’Asie, ce sont aussi de jeunes femmes qui fument des cigarettes dans des boudoirs cosy en ne pensant à rien.

Chinatown

Vivre à Bangkok, c’est passer pas mal de temps à se promener dans les rues de Sampheng / Yaowarat / Chinatown et se dire que ça a du être vraiment joli et que ça le reste presque.

Bistrot Karen

Vivre à Bangkok, c’est aller en pays karen boire des bières dans des cafés rustiques mais sympathiques, où la Singha restera à 30 baths de toute éternité.

Mototaxis

Vivre à Bangkok, c’est hésiter parfois entre le canoë et le kayak pour sortir de chez soi.

Cagoule

Vivre à Bangkok, c’est prendre la mer à Hua Hin sur un petit bateau à moteur et faire des autoportraits avec des hommes à cagoule en arrière-plan.

Tarentule

Vivre à Bangkok, c’est aller marcher dans la montagne et laisser Yewen, le guide karen, attraper une tarentule et la faire griller, puis la manger ensemble de bon coeur.

ChocoPhilo

Vivre à Bangkok, c’est aller au Choco Philo de l’Alliance Française, un dimanche par mois, et entendre son fils rire à pleine gorge.

Ascenseur

Vivre à Bangkok, c’est prendre des ascenseurs japonais équipés de système d’atterrissage d’urgence. On dit que les nouveaux sont désormais équipés de toilettes de secours, en cas de panne. J’aime les Japonais mais je suis sûr qu’ils ne descendent pas du singe, eux.

Prostate

Vivre à Bangkok, c’est être incité à se soucier de sa santé, en particulier de sa prostate, au moyen de publicités imagées.

StéphanieCléau

Vivre à Bangkok, c’est regarder des films français avec des actrices françaises, et se dire que Mathieu Amalric a toujours eu bon goût.

Seven

Vivre à Bangkok, c’est laisser à Bangkok sa femme qui travaille et partir en week-end avec ses enfants, tout en étant accompagné des femmes et des enfants de ceux qui travaillent. Et c’est bien entendu faire une pause au resto route 7-Eleven de Hua Hin sur l’autoroute 4.

Amis

Vivre à Bangkok, c’est faire des fêtes chez des amis qui ont arrêté de fumer définitivement mais qui trouvent que c’est quand même mieux pour leur profil avec une cigarette dans la main, lumière tamisée et Léo Ferré.

Amies

Vivre à Bangkok, c’est côtoyer des femmes en noir, celles qui partent et celles qui arrivent.

Nabokov

Vivre à Bangkok, c’est vieillir, sans doute plus vite qu’ailleurs, mais vieillir à deux, comme Vera et Vladimir.

Nos amies les bêtes

Voici un tout petit billet de nouvel an thaï, histoire de présenter aux amateurs les deux chats qui, depuis le mois de novembre dernier, viennent empêcher un peu les souris et les esprits de se promener tranquillement à travers la maison.

Les téléphages

Alors il y a un noir, qui s’appelle Tommy. Il aime bien se cacher dans les sacs de toutes tailles.

Tommy, l'amateur de café

Et une tigrée, qui s’appelle Sacha. Elle, ce qu’elle aime par dessus-tout, c’est la sieste, mais accompagnée.

Apprendre en dormant

A eux deux ils totalisent sept pattes, faisant mentir le lemme des bergers.

Les compères et le gecko

Sacha, la quatrième, « le destin la lui avait mise de côté« . Elle l’a perdue à quelques mois sur Sukhumvit, renversée par une voiture. Opérée par la vétérinaire américaine chez qui nous les avons recueillis.

Tommy adore boire l’eau des tortues. « C’est un peu crados », comme dirait Esther, mais il ne peut s’en empêcher.

Tommy, les tortues et le paresseux

Sacha, avec ses trois pattes, est la plus féroce. Qu’un oiseau passe par là et c’est un feu d’artifice. Quand il n’a qu’une aile, ça aide.

Sacha, l'ami des oiseaux

En tous cas, avoir des chats à la maison, ça permet de découvrir de près la faune locale. Le magnifique gecko à points jaunes par exemple.

Le geckoOu le grand lézard bleu à la crête iroquoise.

Le lézard bleu

Malgré ces exploits cynégétiques indéniables, on peut toutefois déplorer que les chats ne sachent pas monter la garde. Cela aurait peut-être empêché les chiens errants de la rue de dévorer le lapin des voisins, il y a quelques jours. Les horribles soi dogs sont une véritable plaie à Bangkok, mais personne ne songe à les exterminer, bouddhisme oblige, et les Thaïs, contrairement aux Vietnamiens, ne mangent malheureusement pas les chiensBangkok, cité des anges…

Quelques plaisirs thaïlandais

Pas de grand billet aujourd’hui, mais quelques menus plaisirs thaïlandais dominicaux à partager.

Premier plaisir : celui de grimper au cocotier du jardin, de faire tomber les noix de coco mûres, et de trancher une partie de leur calotte pour en boire le lait. Ou encore mieux : profiter d’une fente causée par la chute du fruit, y insérer directement une paille, et boire le lait aussi sec !
Noix de coco

Autre menue activité du dimanche : chasser les signes du passage de l’élagueur fou. Au fond du jardin, les stigmates d’une technique de coupe très particulière. Il faut dire qu’on ne sait plus très bien ici si les arbres poussent vers le haut ou vers le bas. Sont-ce d’ailleurs des arbres ou des racines ? En tous les cas, nous voici avec des branches stalagmites et d’autres stalactites, le tout n’ayant pas bougé d’un iota. Le coucou fou n’a pas l’air de s’en plaindre et il redouble d’efforts pour séduire les belles du voisinage.
Après le passage de l'élagueur

Et enfin, s’émerveiller au moment du plongeon dans la piscine des prouesses géométriques d’un serpent de passage, qui a laissé sa mue en suivant très exactement le bord d’une brique. On espère tout de même ne pas croiser de visu ce disciple d’Euclide…

Les traces du serpent géomètre

 

Enfin, j’ai changé les modalités d’accès à mes photographies sur Flickr. Depuis aujourd’hui, certaines photographies restent en accès libre (paysages, portraits d’inconnus, etc.) mais toutes les photographies familiales et personnelles en ligne sont en accès strictement restreint et sont réservées aux utilisateurs Flickr enregistrés qui font partie de mes « amis » ou de ma « famille ».

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Une après-midi au parc des crocodiles. « Bonjour tristesse »…

Comme le disent tous les guides de préparation à l’expatriation, la clé d’une expérience réussie à l’étranger consiste à ne pas juger sa patrie d’adoption à l’aune des critères de sa culture d’origine.

En d’autres termes, pour conserver sa santé mentale, préalable nécessaire à un hypothétique bonheur, mieux vaut oublier ses propres références lorsqu’on vit dans un pays géographiquement, historiquement, économiquement, spirituellement et culturellement lointain.

Celui qui ne regarderait pas les choses autour de lui avec le regard perpétuellement enchanté du nouveau-né babillant, qui n’oublierait pas d’où il vient avant d’embrasser avec une extrême bienveillance son pays d’adoption, qui ne refoulerait pas hors de sa mémoire les quelques échelles de valeur qui lui ont été transmises tant bien que mal dans sa précédente existence, alors celui-là devrait se résigner à être perpétuellement malheureux, insatisfait, déprimé, et ne serait bientôt qu’un fardeau pénible et ronchonnant pour ses proches.

Bien.

Je vais donc maintenant raconter ici l’histoire de notre visite au parc des crocodiles de Samut Prakan. Cette visite a eu lieu le dimanche 24 août 2014, après l’excursion au bord de la mer qui a fait l’objet du billet précédent.

Le parc des crocodiles de Samut Prakan, à une dizaine de kilomètres au sud-est de Bangkok, s’appelle en anglais le Samutprakarn Crocodile Farm & Zoo.

Au passage – petit aparté pour les plus passionnés de nos lecteurs  – vous remarquerez ici les petites difficultés liées à la translitération de la langue thaïlandaise. Sur Google Maps ou sur Wikipédia vous verrez la mention Samut Prakan, en deux mots, et sans « r ». Comment diable tout d’abord deux mots pourraient-ils être équivalents à un seul ? La réponse est simple : le thaï ne séparant pas les mots à l’écrit au sein d’une phrase (le titre de ce billet s’écrirait donc en thaï « Uneapresmidiauparcdescrocodiles »), il arrive bien souvent que dans la translitération d’un toponyme il en soit de même. Voilà qui explique que le toponyme originel สมุทรปราการ, formé des deux mots distincts สมุทร et ปราการ, qui sont joints à l’écrit, se transforme en « Samutprakan » dans la translitération « officielle ». Quant à l’apparition du « r », il s’agit plutôt d’une problématique de son : la prononciation en thaï du toponyme peut s’entendre sur le wikipédia allemand. On comprend que le « r » a vocation à rendre, bien qu’imparfaitement, le ton de la dernière syllabe, qui semble un peu traînante à nos oreilles occidentales peu habitués en général aux subtilités musicales des langues tonales : en anglais, le son le plus proche étant rendu par « arn » (un peu comme dans barn), les translitérateurs en chef ont pensé qu’ils serait opportun d’insérer un « r ». En réalité, dans un souci de simplification, et puisqu’il est de toutes façons strictement impossible de rendre avec l’alphabet latin les subtilités phonétiques du thaï (et inversement d’ailleurs, nous y reviendrons ultérieurement !), une translitération à l’économie est le plus souvent préférable, surtout pour un francophone.

Restons donc sur notre translitération d’origine et revenons à notre visite de la « Ferme de crocodiles & Zoo de Samut Prakan ».

Pour un qui aurait malencontreusement oublié de laisser aux vestiaires ses souvenirs et références, le terme de « Ferme aux crocodiles » renvoie peut-être à l’A7, entre Montélimar et Orange. Qui n’a pas remarqué, en descendant la vallée du Rhône, sur le bord de l’autoroute, cet étonnant panneau, qui ferait croire un instant que les Everglades se trouvent en Ardèche ?

Panneau Crocodiles A7

La ferme aux crocodiles de Pierrelatte, à deux pas de la centrale nucléaire, c’est 370 crocodiles, tortues géantes, oiseaux tropicaux et varans, avec un sous-titre fédérateur et bien dans l’air du temps, du moins pour sa deuxième partie : « Apprendre et protéger ».

Dans cette ferme, le visiteur curieux découvrirait et observerait, à son rythme, la faune et la flore : crocodiliens, tortues, oiseaux, arbres, plantes et fleurs tropicales remarquables. Grâce aux panneaux et supports pédagogiques situés au sein du circuit de visite, ainsi qu’en questionnant les « médiateurs » (je cite le site) autour des différents bassins, il approfondirait éventuellement ses connaissances en matière de crocodiliens.

Il pourrait par exemple apprendre à distinguer les trois familles de crocodiliens :  crocodilidés (une dent dépasse quand la gueule est fermée), alligatoridés (aucune dent n’est visible dans la même position) et gavialidés (le museau est fin, cyclindrique, et pour tout dire un peu vilain).

Il apprendrait que le crocodile aime la chaleur, mais préfère – pas fou ! – se rafraîchir dans l’eau ou à l’ombre dès lors qu’il fait plus de 35°C, et ouvre le cas échéant la gueule pour réguler sa température interne ; gueule qui, lorsqu’elle se ferme, peut exercer une pression de 1350 kg par cm².

Notre visiteur verrait également se confirmer son opinion personnelle selon laquelle le crocodile est avant tout à l’aise dans l’eau, se servant de sa puissante queue pour « glisser » et de ses petites pattes ridicules et palmées pour se diriger ou freiner, alors qu’il est nettement moins à l’aise à la surface, atteignant des pointes de 3 km/h dans les grands jours, ce qui le fatigue encore plus rapidement que votre serviteur.

Le visiteur pourrait enfin avoir la chance d’assister au repas des bêtes, même si, pour respecter leur rythme biologique – les crocodiles dans leur milieu naturel ne mangent pas tous les jours – ils ne sont nourris que deux fois par semaine en été et seulement une fois par mois l’hiver.   

Mais revenons maintenant à nos moutons de Samut Prakan.

Imaginons donc un visiteur étranger qui, malgré qu’il en ait, a quelque référence natales en tête, et franchit la porte d’entrée de la Ferme aux crocodiles de son pays d’adoption. Accompagné bien entendu de ses enfants – il faut évidemment noter que, sans enfants, il serait avantageusement occupé en ce dimanche après-midi à boire des verres en bonne compagnie sur une terrasse du Soi Cowboy plutôt que dans un parc animalier au cul du loup – ce père de famille avise les explications pédagogiques affichées à l’entrée du parc animalier et remarque, en gros caractères, que le clou de l’endroit semble être le « Crocodile Wrestling Show ».

Wrestling, au jeux olympiques, c’est la lutte. Le reste du temps, c’est aussi le catch, celui de Roger Couderc, avec les figures mythiques que furent René Ben Chemoul, Albéric d’Ericourt ou le Bourreau de Bethune…

Tiens donc, un spectacle de catch, quelle drôle d’idée pour une ferme aux crocodiles, ne peut s’empêcher de penser notre père de famille : il doit s’agir d’une translitération fautive, voire d’une traduction abusive, réfléchit-il tout haut. Mais il n’a pas tellement le temps de s’appesantir sur ces questions lexicales, car le prochain spectacle commence dans cinq minutes, et il n’a pas tellement l’intention d’attendre celui d’après. Puisqu’il s’agit de l’attraction phare de l’endroit, de la raison d’être du parc, il file, suivi de sa troupaille, vers le show.

Les voilà donc, accompagnés d’une centaine d’autres spectateurs, installés sur des sièges de plastique bleu dominant une arène rectangulaire. Celle-ci est constituée d’un bassin d’eau peu profonde, traversé par un passage à sec. Dans l’eau verte se prélassent, immergés, une douzaine de crocodiles. Il doit faire 35 ou 36° au soleil, comme à peu près tous les jours de l’année en début d’après-midi dans ces contrées : la règle selon laquelle la bête préfère l’immersion à la cuisson se vérifie.

L'arène

Bientôt arrivent deux solides gars du coin, la quarantaine pour l’un, un peu moins pour l’autre. Tous deux ont les pieds nus et portent un petit costume rouge rayé de jaune moulant leur léger embonpoint. Notre visiteur s’attend vaguement à des présentations, un petit speech, quelques explications sur ce qui va suivre…

Mais sans un mot, les types se mettent à l’eau, et la balayent si bien que l’arène n’est bientôt plus qu’éclaboussures, ce qui laisse pourtant les habitants du lieu bien placides. Les deux types s’approchent d’un des crocodiles et ne voilà-t-il pas qu’ils se mettent à lui tirer la queue. Celui-ci s’agite un peu, se débat vaguement, mais il est bientôt sur la terre ferme, sous le soleil, exactement.

Tirage de queue

Bon, évidemment, comme il a un peu chaud, il ouvre bientôt la gueule, découvrant une jolie rangée de crocs. Le plus jeune se tient derrière lui, et continue à lui tenir la queue. L’autre passe devant et, au moyen d’un bâton de bois, se met à lui donner de petits coups sur le museau.

Les crocs

L’animal ne bronche pas. Si on ne l’avait vu sortir de l’eau précédemment, on jurerait qu’il est empaillé.

Après la série de petits coups sur la gueule, ne voilà-t-il pas soudain que l’un des petits hommes rouges glisse ses mains dans la gueule du crocodile !

Les mains

La foule est rieuse, elle applaudit, les billets volent dans les airs, finissent leur course dans l’eau, et sont ramassés aussi secs par les petits hommes rouges, qui en font un petit tas. La tension monte, ce n’est pas fini.

Le clou du spectacle approche ! Le public en redemande : il veut pour son argent…

Le gros rouge se remet à tapoter le crocodile avec son bâton. Puis il s’allonge devant la bête, approche son visage doucement, et pour finir se met la gueule dans sa gueule.

La tête

Après quelques secondes, le crocodile, excédé par ces provocations douteuses, referme sa mâchoire, et le croque, comme le montre justement le film ci-dessous.

https://www.youtube.com/watch?v=I6a8BuUGpHk

Bon, en fait non, la vidéo précédente a bien été tournée à Samut Prakan (évidemment, le visiteur étranger a fait des recherches sur Internet après sa visite…) mais c’était l’an dernier, et  on n’est pas certain que le crocodile en question soit encore dans l’arène. Quant au cascadeur, Pravit Suebmee, 27 ans, dont 8 ans de métier, il a du faire sienne le proverbe originaire de Zambie : « Attends d’avoir traversé la rivière pour dire que le crocodile a une sale gueule ».

Dimanche dernier, le crocodile, placide, ne bougea pas d’un iota, et le public en fut bien marri. Remboursez !

Esther

Bien malin néanmoins celui qui ira rechercher les billets, car le croco les a avalés…

Billets

Pour terminer le spectacle, les médiateurs en rouge vont chercher un jeune arpète dans les loges. Celui-ci montre par le geste aux spectateurs en quoi la Ferme aux crocodiles de Samut Prakan permet à la fois l’apprentissage et la protection : apprendre à tenir un crocodile par les couilles, tout en protégeant les siennes.

Trois

Pour la petite histoire, il faut noter que la Ferme aux crocodiles de Samut Prakan n’est pas la seule en Thaïlande à offrir ce genre de catch crocodilien. Et il n’est pas rare que cela se passe mal. Je déconseille le visionnage du film ci-dessous aux femmes enceintes et aux occidentaux post-modernes, qui forment néanmoins, j’en ai bien peur, l’essentiel de mon lectorat. Je le conseille par contre aux membres du WWF, aux salopards qui se réjouissent quand c’est le taureau qui encorne le torero, ainsi qu’aux experts en chirurgie réparatrice de la main et du bras.

https://www.youtube.com/watch?v=6ZhHHVsAnI4

Evidemment, se dit après coup le visiteur étranger, évidemment, si j’avais su… Un peu penaud, il quitte donc l’arène. Il l’a échappé belle, ses enfants n’ont pas vu le fameux rouleau de la mort grâce auquel le crocodile arrache les membres de son adversaire. Ils ont jeté 20 baths dans la flotte, pour faire comme tout le monde, mais tout est bien qui finit bien.

Il se dirige donc vers le reste de la Ferme aux crocodiles qui, tenez-vous bien, contiendrait plus de 100 000 crocodiles. Le visiteur étranger se dit bien – avec son vieux fond cartésien que le bouddhisme local n’a pas encore totalement avalé dans ses fumées d’encens – que c’est probablement un peu exagéré, mais s’ils en voient cinq ou six dans le parc où les animaux gambadent en liberté, pourquoi ne pas continuer la visite ? Les enfants seront contents.

Le premier marécage est bien vert, photogénique à souhait. La bestiole rôde.

Vert

Il ne ferait pas bon tomber là-dedans.

« Les balustrades sont-elles bien solides ? » ne peut s’empêcher de penser le visiteur étranger qui a charge d’âme.

« Mais bien entendu, au moins autant que le plancher en béton craquelé », ne peut s’empêcher de répondre sa part obscure.

Gueule

L’observation naturaliste a une fin. Il est temps de passer aux choses vraiment sérieuses.

S’il fallait donner un slogan à la Ferme aux crocodiles & Zoo de Samut Prakan, ainsi qu’aux parc animaliers thaïlandais en général, notre visiteur étranger ne pourrait s’empêcher de proposer un truc du genre : « Bouffer et donner à bouffer ». Il ne paraît pas pensable, dans ce pays fort porté sur la gastronomie, de se promener sans grignoter, et de regarder un animal, aussi sauvage soit-il, sans le nourrir.

Il est bien loin le rythme biologique du crocodile qui ne mange qu’une à deux fois par semaine en été. A Samut Prakan, le crocodile bouffe un poulet toutes les cinq minutes, qu’on se le dise !

Le poulet en question est attaché au bout d’une canne à pêche et le jeu consiste à le balancer devant la gueule des bestioles jusqu’à ce que ces dernières réussissent à vaincre leur paresse et leur probable indigestion pour arracher la barbaque des mains du pêcheur à la ligne. Un peu comme le pompon sur les manèges des fêtes foraines.

Nourriture

Voilà donc pour la Ferme aux crocodiles se dit notre visiteur étranger, un peu estomaqué, mais sans plus, qui se rend compte ainsi qu’il n’a pas trop mal réussi son acclimatation jusque là et est sur la voie d’une expatriation réussie.

Allons donc voir le zoo, ils ne réussiront quand même pas à donner des poulets frits aux orangs-outangs ?

Orang

Des poulets aux orangs-outangs, effectivement, cela ne se fait pas, il ne faut pas exagérer.

De plus, cela serait mauvais pour leur ligne, puisque la spécialité de la Thaïlande, en ce qui concerne ces grands singes, ce sont les spectacles de boxe thaï. Mais c’est à Safari World que ça se passe, à quelques kilomètres au nord de Bangkok. Samut Prakan n’offre qu’un couple d’orangs-outangs aux regards, sans gants de boxes ni déguisement. Le visiteur étranger ne peut s’empêcher de penser à ses Vosges natales en regardant ces hommes de la forêt.

Pas de poulet aux orangs-outangs, donc, par contre, on donne des bananes et des pommes aux hippopotames, ainsi que, plus étonnant, des brioches, du genre de celles que le visiteur étranger mangeait chez ses grands-parents dans ses Vosges natales (décidément !) le dimanche après-midi.

Brioche

Le truc qui a l’air de bien marcher aussi dans son pays d’adoption, en plus de « manger et donner à manger », le visiteur étranger s’en rend compte rapidement, c’est la photographie : la photographie macro même, voire l’autoportrait macro, au plus près de l’animal sauvage. Si possible avec un nourrisson dans les bras. Cela tombe bien, les normes de sécurité en matière de protection du visiteur de zoo sont généralement plus laxistes qu’en vieille Europe.

Hippo

Cela n’est pas pour déplaire à certaines visiteuses qui profitent de la législation en vigueur au pays du sourire pour réconforter d’une poignée de mains amicale tel pensionnaire tristounet un peu esseulé dans sa cage de béton rouillé.

Poignée de mains

La visite ne serait pas complète sans un tirage de portrait au côté d’un félin bien fatigué qui ne pense même pas à dévorer les chimpanzés déguisés en princesses partageant son studio.

Tigre

Une bien belle galerie de primates ne peut s’empêcher de penser le visiteur étranger, qui fait une rechute, et n’oublie pas que lui aussi, en arrivant l’an dernier dans son pays d’adoption, a donné dans le tigre endormi.

Galerie

Le smartphone a dépassé la barrière des espèces. Un marché s’ouvre. C’est Steve Jobs qui doit être content.

Téléphone

Bon, évidemment, les lionceaux et les tigreaux n’ont pas forcément de quoi se dégourdir les pattes entre deux biberons, mais si CNN, CBS et Reuters se mettent d’accord avec Bouddha pour sponsoriser l’événement, qui trouvera à redire ?

Lionceaux

On a retrouvé les 100 000 crocodiles de Samut Prakan : saurez-vous tous les retrouver dans la vitrine de la boutique d’artisanat local qui clôt la visite ?

Sacs

Pour clore ce billet, rappelons donc que, comme le disent tous les guides de préparation à l’expatriation, la clé d’une expérience réussie à l’étranger consiste à ne pas juger sa patrie d’adoption à l’aune des critères de sa culture d’origine.

Une matinée sur la côte

Ce samedi matin, Simon n’avait exceptionnellement pas son cours d’anglais-legos hebdomadaire de 10h45 à Whimsy We English (cherchez-le sur les photographies !). Aussi, afin de quitter quelques heures la mégalopole à l’atmosphère parfois lourde et congestionnée, nous avons décidé de faire une petite balade à l’extérieur de la ville, sur le bord de mer géographiquement le plus proche de Bangkok, à une vingtaine de kilomètres à vol d’oiseau.

Il faut d’abord dire que ce genre de décisions ne se prend pas ici à la légère et requiert un certain courage, ou, disons, une certaine tranquillité d’esprit au départ. En effet, faire quelque chose de nouveau dans nos contrées adoptives peut s’avérer au moins autant douloureux et regrettable que bénéfique et agréable (à parts égales grosso modo). Il suffit d’un rien parfois pour faire dérailler l’expédition : un lieu mal indiqué, quelques degrés de trop, une inadéquation par trop importante entre ce qui a été vendu aux membres les plus jeunes du groupe et la réalité de l’expérience…

En l’occurrence, à neuf heures pétantes, au moment de faire refroidir l’habitacle de la Toyota familiale, un doute m’assaillit.

Notre objectif pour cette journée de sortie était le « Bang Pu Nature Education Centre » dont le Bangkok Guide 19th Edition (« The Essential Guide To Living In Bangkok ») disait le plus grand bien. Je traduis la courte description figurant à la page 437 de l’opus cité.

Centre naturel éducatif de Bang Pu

164 Moo 2 Route de Sukhumvit, Bangpumai, District de Muang. Borne du km 37 depuis Bangkok.

Ce centre est un projet commun du WWF de Thaïlande et de l’Armée Royale de Thaïlande. Il se trouve sur une côte humide consistant en une mangrove et des bancs de boue qui abrite de nombreuses espèces animales et est visitée par des milliers d’oiseaux migrateurs (162 espèces d’oiseaux ont été observées). On y trouve un chemin faisant le tour des 13.4 hectares du site, quatre cachettes d’observation ainsi qu’un centre pour visiteurs avec des expositions sur la nature. Le centre est ouvert aux écoliers la semaine et au public le weekend et durant les vacances scolaires. Il y a un délicieux restaurant de fruits de mer sur la jetée de Suk Ta. Suivez les signes sur la route Sri Nakarin car le centre est bien indiqué.

Quel programme alléchant ! Les jumelles dans le sac et les enfants extrêmement motivés, nous étions donc parés pour l’observation animalière.

Au moment de faire refroidir l’habitacle, donc, car les 29° du petit matin sont déjà chauds, ma recherche sur Google Maps s’avéra vaine. Pas de Bang Pu Nature Education Centre qui tienne. Bang Pu Mai donne un résultat, mais imprécis, et rien qui ressemble de près ou de loin avec la vision satellite à un parc. Il y a bien une petite tache verte dans le coin, mais il s’agit d’un golf… Sur Internet, quelques sites tous antérieurs à 2011 (autant dire une éternité en la matière !) citent ce parc, mais pas de site web proprement dit, ni bien entendu d’onglet Contact avec un petit plan aux oignons…

Vous me direz : qu’à cela ne tienne, « le centre est bien indiqué », comme dirait l’autre, il suffit d’aller dans la direction, on trouvera bien. Bon, c’est finalement ce qui s’est passé, mais j’aimerais néanmoins apporter quelques bémols à cette position de principe qui, si elle s’avéra justifiée aujourd’hui, représente néanmoins un danger qu’il convient en général d’éviter comme la peste. Il faudra bien un jour que je consacre un billet à la « problématique des adresses en Thaïlande », car c’est de cela qu’il s’agit.

Avant l’invention de Google Maps, je n’ai aucune idée de la façon dont les gens pouvaient trouver un lieu encore jamais visité auparavant. A cela plusieurs raisons, qu’il conviendra de détailler ultérieurement. Tout d’abord, chaque rue possède en général deux ou trois noms ; le nom officiel n’est pas nécessairement le nom d’usage, et les cartes indiquent tantôt l’un tantôt l’autre, voire un troisième, en fonction de l’humeur du cartographe. De plus, le principe de numérotation est assez obscur et les numéros ne se suivent pas nécessairement de très près ; si le principe pair / impair est en général respecté, lorsque la rue se divise en deux, mettons à droite et à gauche, il n’est pas rare que les deux portions conservent le même nom, tandis que les numéros vont continuer d’un côté, jusqu’au bout de cette portion, et se poursuivre ensuite, mais à partir de l’intersection précédente, dans l’autre sens (mon explication est obscure, mais la réalité l’est encore plus)… Par ailleurs, pour nous, pauvres béotiens qui ne maîtrisons pas les douces formes des 44 lettres de l’alphasyllabaire thaï, le cauchemar suprême réside en ceci qu’il n’existe pas de translitération officielle vers l’alphabet latin : un toponyme thaï peut donc apparaître sous trois ou quatre formes (voire encore d’avantage) lorsqu’il est écrit dans notre alphabet. Enfin, une fois perdu ou égaré, lorsqu’on arrête un autochtone sympathique (facile, ils le sont tous) pour se renseigner, même avec la meilleur volonté du monde, quelques bases de thaï ou d’anglais de part ou d’autre, il est rigoureusement impossible de comprendre quoi que ce soit à l’explication donnée, car la représentation de l’espace ici semble très différente de celle à laquelle nous sommes habitués dans nos contrées européennes, et l’usage de la carte plane pour représenter une monde tridimensionnel semble relever assez largement de l’ésotérisme pour les autochtones en question (c’était déjà plus ou moins le cas en Russie, mais là-bas, difficulté supplémentaire, le quidam n’était pas forcément très très rendant service)…

Je reviendrai donc sur le problème du nom de lieu dans un futur billet. Aujourd’hui, tout se passa pour le mieux. Pas un retour-arrière ne fut nécessaire, pas une bretelle d’entrée d’autoroute ne fut oubliée, pas une sortie ne fut dépassée. En trois-quarts d’heures de conduite sur les autoroutes suspendues (là aussi un billet s’imposera, car il s’agit véritablement d’un plaisir géographique et visuel dans une ville qui n’en compte pas tant) nous arrivâmes au lieu voulu.

La voiture à peine garée, un tuk-tuk s’approche. Le tuk-tuk est une sorte de petit engin de transport motorisé, sans vitres et sans portes, qui a remplacé le pousse-pousse il y a quelques décennies. Il pourrait largement lui aussi faire l’objet d’un prochain billet. Ni une ni deux, nous voilà tous quatre installés dans la bête, et passons en pétaradant sous Sa Majesté.

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Aussitôt la porte passée, nous voilà sur une longue jetée : à droite et à gauche, la baie, ou plutôt, les bancs de boue, colonisés par de petits crabes qui jouent à cache-cache. Pas de baignade ici, la plage s’enfonce si lentement dans la mer qu’il faudrait marcher des kilomètres avant d’en avoir aux genoux. Quelques bateaux de pêche, dans le lointain.

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Pas énormément d’oiseaux. Peut-être est-ce la saison qui veut cela. Une mouette néanmoins, posée sur le béton, écarte les ailes comme si elle s’apprêtait à prendre son envol. Mais elle est en plâtre et reste finalement là à attendre encore un peu l’instant propice.

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Le bâtiment au style incertain, disons chinois 90’s, marque le terminus du tuk-tuk. Un ciel moutonneux se reflète dans les vitres bleutées. On nous invite à laisser animaux de compagnie, brownings, colts et autres armements divers à l’entrée. Nous avions laissé la kalach à la maison ce matin et n’avions pas amené avec nous notre éléphant domestique, cela tombe bien. Nous entrons, à la recherche du centre pour visiteurs.

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Dans le bâtiment, un petit marché, quelques vendeurs de babioles, puis une immense salle de restaurant, qui se transforme, à l’heure où les tigres rôdent dans la mangrove, en piste de bal réputée à la ronde. Sur le mur du fond figure une fresque, dans le style naïf tardif, représentant l’oeuvre architecturale qui l’abrite. L’artiste a ajouté un ciel zébré crépusculaire se reflétant dans les vitrages aux géométries audacieuses.

Le Roi et la Reine, parés de leurs couvre-chefs en poil d’émeu, semblent inviter les futures danseurs à ne pas oublier en se déhanchant les quatre piliers du Royaume : « pour le Pays, les Religions, la Monarchie et le Peuple », tout en se montrant à la hauteur des caractères essentiels du Thaï contemporain : « intelligent, averti, moderne et visionnaire ».

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Le bâtiment traversé, nous nous retrouvons de l’autre côté : le ciel toujours se reflète dans les vitres bleutés. L’ouvrage a les pieds dans la boue, c’est-ce qu’on appelle l’architecture sur pilotis bétonnés, un savoir-faire qui fait la gloire et la renommée des agences d’architecture locales.

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De centre pour visiteurs, point n’avons vus. Heureusement, un point de vue, dûment indiqué, permet aux ornithologues en herbe de sortir leurs jumelles pour observer l’horizon. C’est le moment de murmurer à la brise les premiers vers du cimetière marin.

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée !

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Poétique du lieu mise à part, il faut bien se faire une raison : le centre pour visiteurs, s’il existe, n’est pas au bout de la jetée. Car au bout de la jetée, il y a le point de vue, et rien que le point de vue.

Retour à la case départ, donc, re-tuk-tuk et re-pétarade vers le parking. Suivant désormais les flux majoritaires de visiteurs, adoptant par là-même la tactique asiatique de la fusion dans le groupe, nous avisons un point d’entrée dans la mangrove. Un petit chemin, tout de béton et de métal, suspendu au-dessus des eaux, pénètre dans l’immensité verte.

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La diversité animalière tant attendue s’offre enfin à nous. Nous avançons d’un bon pas sur ce chemin suspendu. Les oiseaux moqueurs répondent aux joyeux tritons slalomant entre les sacs en plastique. Tous doivent rire de bon coeur en nous voyant cavaler, poursuivis par une quantité incroyable de moustiques tigres voraces et tenaces.

Nous décidons de réserver le tour des 13.4 hectares à une autre visite, certains membres de l’expédition faisant preuve d’une exaspération bien visible. Il est 10h30, grand temps de gagner le restaurant.

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Le restaurant, ah le restaurant ! Foin des centres pour visiteurs, des parcours pédagogiques sur la mangrove, des 162 espèces d’oiseaux à observer les jours de pleine lune ! L’élément le plus important pour le Thaï, lorsqu’il a quitté son chez soi pour une promenade dominicale, voire saturnale, c’est d’être certain qu’il pourra se sustenter correctement, à l’heure qui lui convient et dans un lieu frais si possible.   

En la matière, nous trouvons enfin le bonheur et le réconfort, avec vue sur les bancs de boue, le doux ronronnement des ventilateurs éclipsant enfin les jacassements pénibles des oiseaux. 

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Il est onze heures. Le riz frit au crabe est sur la table, ainsi que les moules et une bonne bière fraîche avec des glaçons. On oublie les moustiques, le soleil au zénith, et les promenades éducatives dans la mangrove. Le centre pour visiteurs n’existait pas : qu’à cela ne tienne. Il s’appelait tout simplement restaurant, il faudra faire une rectification dans le Bangkok Guide 19th Edition (« The Essential Guide To Living In Bangkok »).

Enfin, on  peut se consacrer à la seule occupation qui vaille réellement ici-bas : manger !

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Dans un prochain épisode à venir : la suite de la promenade. Une après-midi au parc des crocodiles

La fête du travail, c’est encore mieux quand on ne travaille pas

Après un mois d’absence, et alors que certains semblent s’impatienter, quoi de mieux que cette petite annonce lapidaire vue à Krabi, sur la côte ouest de la Thaïlande, où nous avons passé une semaine de vacances pour Songkran, le Nouvel an thaïlandais, à la mi-avril.

Come back

Le mois d’avril s’était ouvert sur un instantané d’une rue bangkokienne, entr’aperçue à la faveur de la sacro-sainte pause méridienne des vies salariées réglées comme du papier à musique. Une dizaine de jours après ce billet, je retournais plus vite que prévu à l’abstinence lavorative à la faveur d’une rupture de période d’essai pour incompatibilité aiguë de caractère et d’humeur. Le rythme pouvait se faire de nouveau plus humain, d’autant plus que les grandes chaleurs estivales découragent qui que ce soit de passer plus de dix minutes le nez dehors. Il n’y a que les tortues qui en profitent pour se faire dorer la carapace au soleil, bien que je ne sois pas tout à fait certain que cela soit recommandé à l’albinos, qui est déjà bien assez vilaine comme cela.

Tortues

La belle et la bête enfin pour parfaire ce tableau idyllique d’un début de mois de mai enfin annonciateur des premières pluies. Il y a un an exactement, Blum partait, dans des cahots, quelque part dans la nuit des chats (Il n’y a plus rien, à la mode féline). Depuis quelques jours, le lapin Jeannot, qui est officiellement celui de Romar, et dont le nom दर्लिंग se prononce Janou et signifie « chéri » en népalais, passe ses jours et ses nuits à la maison, pour le plus grand bonheur de certaines.

Le lapin

 

Horticulture, bestiaire, voyages et rivière Kwaï

Au menu des dernières semaines : tentatives d’organisation de la désorganisation (suite), traversée de la Thaïlande du sud vers le nord, puis du nord vers le sud, essais d’horticulture, achat d’un coq et de deux tortues, vie avec les poules, lectures diverses et en particulier celle d’un épique roman autobiographique de Pierre Boulle : « Aux sources de la rivière Kwaï », conseillé par un drôle de libraire français vivant à Bangkok depuis quarante-deux ans et qui tient, au fond d’une petite impasse, la belle et mystérieuse « Librairie du Siam et des Colonies ».

Nous sommes donc bien vivants, même si ce blog est un peu délaissé, momentanément j’espère, le temps de trouver un nouveau rythme, malgré la torpeur qui nous envahit à mesure que l’été s’installe…

Les poules

Bilan des manifestations : deux dents en moins !

Les événements en cours à Bangkok, bien que tragiques pour certains, n’ont pour l’instant pas d’incidence sur la vie quotidienne à Ekkamai.

Les fleurs fleurissent, une nouvelle génération de poissons est apparue, l’oiseau fou continue à nous rendre non moins fous. Certes la chef de famille est relativement absente du foyer, mais l’esprit des lieux règne malgré tout.

Ce soir, pas d’inquiétude particulière donc. De plus, après un jour de fermeture exceptionnelle qui en a réjoui certains, le lycée français rouvre ses portes mardi matin (avant de les refermer à compter de mercredi soir, pour l’anniversaire du Roi, jour sacré s’il en est). Tout va donc pour le mieux.

Pas d’inquiétude donc ? Un petit truc cependant me chiffonne malgré tout. A vous de juger…

 

Simon, le vendredi 22 novembre (bien avant l’embrasement) :

22 novembre 2013

22 novembre 2013

 

Simon, le lundi 25 novembre (juste avant l’embrasement) :

25 novembre 2011

25 novembre 2011

Simon, le vendredi 29 novembre (pendant l’embrasement) :

29 novembre 2013

29 novembre 2013

On peut se demander avec inquiétude et circonspection ce qu’il va bien pouvoir se passer sur le front stomatologique en cas de coup d’Etat dans les prochaines heures… Si d’aventure la police et l’armée rejoignent le camp des insurgés, peut-on s’attendre à une chute des canines ? A un déchaussement des prémolaires ?

Décidément, les manifestations populaires, ce n’est pas bon pour les dents de lait…

 

 

Les derniers cartons

Ce jour est à marquer d’une grande croix puisqu’il a vu, avec l’installation d’une bibliothèque, la disparition des ultimes cartons de déménagement remplis de livres (qui avaient d’ailleurs suscité la réprobation courroucée des déménageurs)…

Attention ! Une image subliminale se cache dans l’animation ci-dessous…

Bibliotheque