Une matinée sur la côte

Ce samedi matin, Simon n’avait exceptionnellement pas son cours d’anglais-legos hebdomadaire de 10h45 à Whimsy We English (cherchez-le sur les photographies !). Aussi, afin de quitter quelques heures la mégalopole à l’atmosphère parfois lourde et congestionnée, nous avons décidé de faire une petite balade à l’extérieur de la ville, sur le bord de mer géographiquement le plus proche de Bangkok, à une vingtaine de kilomètres à vol d’oiseau.

Il faut d’abord dire que ce genre de décisions ne se prend pas ici à la légère et requiert un certain courage, ou, disons, une certaine tranquillité d’esprit au départ. En effet, faire quelque chose de nouveau dans nos contrées adoptives peut s’avérer au moins autant douloureux et regrettable que bénéfique et agréable (à parts égales grosso modo). Il suffit d’un rien parfois pour faire dérailler l’expédition : un lieu mal indiqué, quelques degrés de trop, une inadéquation par trop importante entre ce qui a été vendu aux membres les plus jeunes du groupe et la réalité de l’expérience…

En l’occurrence, à neuf heures pétantes, au moment de faire refroidir l’habitacle de la Toyota familiale, un doute m’assaillit.

Notre objectif pour cette journée de sortie était le « Bang Pu Nature Education Centre » dont le Bangkok Guide 19th Edition (« The Essential Guide To Living In Bangkok ») disait le plus grand bien. Je traduis la courte description figurant à la page 437 de l’opus cité.

Centre naturel éducatif de Bang Pu

164 Moo 2 Route de Sukhumvit, Bangpumai, District de Muang. Borne du km 37 depuis Bangkok.

Ce centre est un projet commun du WWF de Thaïlande et de l’Armée Royale de Thaïlande. Il se trouve sur une côte humide consistant en une mangrove et des bancs de boue qui abrite de nombreuses espèces animales et est visitée par des milliers d’oiseaux migrateurs (162 espèces d’oiseaux ont été observées). On y trouve un chemin faisant le tour des 13.4 hectares du site, quatre cachettes d’observation ainsi qu’un centre pour visiteurs avec des expositions sur la nature. Le centre est ouvert aux écoliers la semaine et au public le weekend et durant les vacances scolaires. Il y a un délicieux restaurant de fruits de mer sur la jetée de Suk Ta. Suivez les signes sur la route Sri Nakarin car le centre est bien indiqué.

Quel programme alléchant ! Les jumelles dans le sac et les enfants extrêmement motivés, nous étions donc parés pour l’observation animalière.

Au moment de faire refroidir l’habitacle, donc, car les 29° du petit matin sont déjà chauds, ma recherche sur Google Maps s’avéra vaine. Pas de Bang Pu Nature Education Centre qui tienne. Bang Pu Mai donne un résultat, mais imprécis, et rien qui ressemble de près ou de loin avec la vision satellite à un parc. Il y a bien une petite tache verte dans le coin, mais il s’agit d’un golf… Sur Internet, quelques sites tous antérieurs à 2011 (autant dire une éternité en la matière !) citent ce parc, mais pas de site web proprement dit, ni bien entendu d’onglet Contact avec un petit plan aux oignons…

Vous me direz : qu’à cela ne tienne, « le centre est bien indiqué », comme dirait l’autre, il suffit d’aller dans la direction, on trouvera bien. Bon, c’est finalement ce qui s’est passé, mais j’aimerais néanmoins apporter quelques bémols à cette position de principe qui, si elle s’avéra justifiée aujourd’hui, représente néanmoins un danger qu’il convient en général d’éviter comme la peste. Il faudra bien un jour que je consacre un billet à la « problématique des adresses en Thaïlande », car c’est de cela qu’il s’agit.

Avant l’invention de Google Maps, je n’ai aucune idée de la façon dont les gens pouvaient trouver un lieu encore jamais visité auparavant. A cela plusieurs raisons, qu’il conviendra de détailler ultérieurement. Tout d’abord, chaque rue possède en général deux ou trois noms ; le nom officiel n’est pas nécessairement le nom d’usage, et les cartes indiquent tantôt l’un tantôt l’autre, voire un troisième, en fonction de l’humeur du cartographe. De plus, le principe de numérotation est assez obscur et les numéros ne se suivent pas nécessairement de très près ; si le principe pair / impair est en général respecté, lorsque la rue se divise en deux, mettons à droite et à gauche, il n’est pas rare que les deux portions conservent le même nom, tandis que les numéros vont continuer d’un côté, jusqu’au bout de cette portion, et se poursuivre ensuite, mais à partir de l’intersection précédente, dans l’autre sens (mon explication est obscure, mais la réalité l’est encore plus)… Par ailleurs, pour nous, pauvres béotiens qui ne maîtrisons pas les douces formes des 44 lettres de l’alphasyllabaire thaï, le cauchemar suprême réside en ceci qu’il n’existe pas de translitération officielle vers l’alphabet latin : un toponyme thaï peut donc apparaître sous trois ou quatre formes (voire encore d’avantage) lorsqu’il est écrit dans notre alphabet. Enfin, une fois perdu ou égaré, lorsqu’on arrête un autochtone sympathique (facile, ils le sont tous) pour se renseigner, même avec la meilleur volonté du monde, quelques bases de thaï ou d’anglais de part ou d’autre, il est rigoureusement impossible de comprendre quoi que ce soit à l’explication donnée, car la représentation de l’espace ici semble très différente de celle à laquelle nous sommes habitués dans nos contrées européennes, et l’usage de la carte plane pour représenter une monde tridimensionnel semble relever assez largement de l’ésotérisme pour les autochtones en question (c’était déjà plus ou moins le cas en Russie, mais là-bas, difficulté supplémentaire, le quidam n’était pas forcément très très rendant service)…

Je reviendrai donc sur le problème du nom de lieu dans un futur billet. Aujourd’hui, tout se passa pour le mieux. Pas un retour-arrière ne fut nécessaire, pas une bretelle d’entrée d’autoroute ne fut oubliée, pas une sortie ne fut dépassée. En trois-quarts d’heures de conduite sur les autoroutes suspendues (là aussi un billet s’imposera, car il s’agit véritablement d’un plaisir géographique et visuel dans une ville qui n’en compte pas tant) nous arrivâmes au lieu voulu.

La voiture à peine garée, un tuk-tuk s’approche. Le tuk-tuk est une sorte de petit engin de transport motorisé, sans vitres et sans portes, qui a remplacé le pousse-pousse il y a quelques décennies. Il pourrait largement lui aussi faire l’objet d’un prochain billet. Ni une ni deux, nous voilà tous quatre installés dans la bête, et passons en pétaradant sous Sa Majesté.

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Aussitôt la porte passée, nous voilà sur une longue jetée : à droite et à gauche, la baie, ou plutôt, les bancs de boue, colonisés par de petits crabes qui jouent à cache-cache. Pas de baignade ici, la plage s’enfonce si lentement dans la mer qu’il faudrait marcher des kilomètres avant d’en avoir aux genoux. Quelques bateaux de pêche, dans le lointain.

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Pas énormément d’oiseaux. Peut-être est-ce la saison qui veut cela. Une mouette néanmoins, posée sur le béton, écarte les ailes comme si elle s’apprêtait à prendre son envol. Mais elle est en plâtre et reste finalement là à attendre encore un peu l’instant propice.

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Le bâtiment au style incertain, disons chinois 90’s, marque le terminus du tuk-tuk. Un ciel moutonneux se reflète dans les vitres bleutées. On nous invite à laisser animaux de compagnie, brownings, colts et autres armements divers à l’entrée. Nous avions laissé la kalach à la maison ce matin et n’avions pas amené avec nous notre éléphant domestique, cela tombe bien. Nous entrons, à la recherche du centre pour visiteurs.

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Dans le bâtiment, un petit marché, quelques vendeurs de babioles, puis une immense salle de restaurant, qui se transforme, à l’heure où les tigres rôdent dans la mangrove, en piste de bal réputée à la ronde. Sur le mur du fond figure une fresque, dans le style naïf tardif, représentant l’oeuvre architecturale qui l’abrite. L’artiste a ajouté un ciel zébré crépusculaire se reflétant dans les vitrages aux géométries audacieuses.

Le Roi et la Reine, parés de leurs couvre-chefs en poil d’émeu, semblent inviter les futures danseurs à ne pas oublier en se déhanchant les quatre piliers du Royaume : « pour le Pays, les Religions, la Monarchie et le Peuple », tout en se montrant à la hauteur des caractères essentiels du Thaï contemporain : « intelligent, averti, moderne et visionnaire ».

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Le bâtiment traversé, nous nous retrouvons de l’autre côté : le ciel toujours se reflète dans les vitres bleutés. L’ouvrage a les pieds dans la boue, c’est-ce qu’on appelle l’architecture sur pilotis bétonnés, un savoir-faire qui fait la gloire et la renommée des agences d’architecture locales.

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De centre pour visiteurs, point n’avons vus. Heureusement, un point de vue, dûment indiqué, permet aux ornithologues en herbe de sortir leurs jumelles pour observer l’horizon. C’est le moment de murmurer à la brise les premiers vers du cimetière marin.

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée !

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Poétique du lieu mise à part, il faut bien se faire une raison : le centre pour visiteurs, s’il existe, n’est pas au bout de la jetée. Car au bout de la jetée, il y a le point de vue, et rien que le point de vue.

Retour à la case départ, donc, re-tuk-tuk et re-pétarade vers le parking. Suivant désormais les flux majoritaires de visiteurs, adoptant par là-même la tactique asiatique de la fusion dans le groupe, nous avisons un point d’entrée dans la mangrove. Un petit chemin, tout de béton et de métal, suspendu au-dessus des eaux, pénètre dans l’immensité verte.

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La diversité animalière tant attendue s’offre enfin à nous. Nous avançons d’un bon pas sur ce chemin suspendu. Les oiseaux moqueurs répondent aux joyeux tritons slalomant entre les sacs en plastique. Tous doivent rire de bon coeur en nous voyant cavaler, poursuivis par une quantité incroyable de moustiques tigres voraces et tenaces.

Nous décidons de réserver le tour des 13.4 hectares à une autre visite, certains membres de l’expédition faisant preuve d’une exaspération bien visible. Il est 10h30, grand temps de gagner le restaurant.

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Le restaurant, ah le restaurant ! Foin des centres pour visiteurs, des parcours pédagogiques sur la mangrove, des 162 espèces d’oiseaux à observer les jours de pleine lune ! L’élément le plus important pour le Thaï, lorsqu’il a quitté son chez soi pour une promenade dominicale, voire saturnale, c’est d’être certain qu’il pourra se sustenter correctement, à l’heure qui lui convient et dans un lieu frais si possible.   

En la matière, nous trouvons enfin le bonheur et le réconfort, avec vue sur les bancs de boue, le doux ronronnement des ventilateurs éclipsant enfin les jacassements pénibles des oiseaux. 

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Il est onze heures. Le riz frit au crabe est sur la table, ainsi que les moules et une bonne bière fraîche avec des glaçons. On oublie les moustiques, le soleil au zénith, et les promenades éducatives dans la mangrove. Le centre pour visiteurs n’existait pas : qu’à cela ne tienne. Il s’appelait tout simplement restaurant, il faudra faire une rectification dans le Bangkok Guide 19th Edition (« The Essential Guide To Living In Bangkok »).

Enfin, on  peut se consacrer à la seule occupation qui vaille réellement ici-bas : manger !

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Dans un prochain épisode à venir : la suite de la promenade. Une après-midi au parc des crocodiles

Louange à notre grande Reine

Back to Bangkok, back to basics…

Rentrés le lundi 11 août au petit matin, la veille de l’anniversaire de la Reine, et déjà dans le grand bain de la monarchie thaïlandaise.

Voici quelques encarts parus dans la presse en l’honneur de Sirikit. Celle qui épousa Bumibol en 1950 – après l’avoir rencontré à Paris où son père était ambassadeur de Thaïlande – et lui donna un garçon et trois filles, fêtait la semaine dernière ses 82 ans.

Comme toujours en Thaïlande les portraits transcendent les époques, de la prime jeunesse aux âges plus avancés.

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Le groupe industriel Central (hôtels, centres commerciaux, etc.) n’a pas hésité à agrémenter son encart d’un long texte lyrique reproduit ci-dessous et dont voici une traduction libre en français.

Louange à notre grande Reine

Louée soit la Mère et l’Icône du Royaume qui respire une bienveillance hospitalière.

Les bonnes paroles abondent durant cette bonne période de l’année.

Que la Reine « Sirikit » au coeur pur soit heureuse et triomphante,

Qu’elle brille à jamais dans l’esprit de son peuple.

La Souveraine qui aide la multitude à mener une vie meilleure,

Grâce à sa sagesse elle atténue les difficultés et les souffrances dans le pays,

Son coeur débordant de bonté humaine,

Qu’elle distribue sans limites, comme si les anges du paradis en arrosaient la terre.

Sa Fondation du « Silpacheep » fournit une occupation professionnelle pour soulager la pauvreté.

Elle a lancé son projet de reboisement afin de restaurer le cycle de l’eau essentiel à la vie et aux écosystèmes,

Pour soutenir sa Majesté le Roi dévoué à apporter le bonheur à son peuple.

Le douze août le public se réjouira et chantera haut ses louanges,

Lui souhaitant une longévité méritée en accord avec ses bonnes actions,

Montrant le plus haut respect pour notre glorieuse Reine, la louant en tant que Splendeur de la Monarchie.

Longue vie à sa Majesté.

 

 

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