Du lac de Constance à Saïgon

Après l’armistice du 8 mai, qui le vit à Lindau, sur les bords du Lac de Constance, mon grand-père Marcel est resté quelques mois en Allemagne, dans le cadre de l’occupation du pays par les armées alliées.

D’abord à Solingen, près de Düsseldorf, dans l’actuelle Rhénanie-du-Nord-Westphalie, puis à Jockgrim, à côté de Karlsruhe, en Rhénanie-Palatinat, à proximité de la frontière française.

Joaknin, juillet 1945

Joaknin, juillet 1945

 

Durant cette période, il ira à Paris, défiler sur les ChampsÉlysées pour le 14 juillet 1945.

Il change alors d’unité et passe à la 12ème batterie du 4ème groupe à Klingenmünster, à cinq kilomètres de Wissembourg. Il suit un court de téléphoniste dans la région début septembre.

Il quitte définitivement l’Allemagne le 21 octobre 1945 pour un mois de classes au camp du Valdahon, dans le Doubs.

Manoeuvres au Valdahon, novembre 1945

Manoeuvres au Valdahon, novembre 1945

 

Manoeuvres au Valdahon, novembre 1945

Manoeuvres au Valdahon, novembre 1945

A cette époque-là, la guerre du Pacifique est à peine terminée, après la capitulation japonaise du 2 septembre 1945. Ho Chi Minh a proclamé l’indépendance de la République démocratique du Viet Nam le même jour, profitant de la désorganisation totale de l’administration coloniale française en Indochine suite au coup de force des Japonais le 9 mars de la même année. Pour reprendre le contrôle du territoire, l’État Français envoie, sous les ordres du Général Leclerc, un Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient. 

J’ignore à quel moment on a demandé aux jeunes engagés « pour la durée de la guerre » s’ils souhaitaient partir en Indochine. Je ne sais pas non plus pour quelle raison mon grand-père a décidé de s’embarquer dans cette aventure. Leur a-t-on même donné le choix ? Toujours est-il qu’après le Valdahon, et une courte permission, il touche son habillement colonial et embarque à Marseille le 15 décembre, sur l’Arundel Castel. Après trois semaines de traversée, via le Canal de Suez et l’Océan Indien, mon grand-père fera partie des premiers contingents qui débarqueront au Cap Saint-Jacques, début janvier 1946.

Embarquement à Marseille des canonniers du G.A.C.M.L. sur l'Arundel Castel, le 15 décembre 1945.

Embarquement à Marseille des canonniers du G.A.C.M.L. sur l’Arundel Castel, le 15 décembre 1945.

Toutes les photos de ce billet sont issues de la boîte retrouvée l’an dernier.

Marcel au canon

Marcel au canon

 

Sur la carte ci-dessous, j’ai repris in extenso les textes de son carnet de bord, à l’exception des intertitres.

Lindau - Saïgon

La suite au prochain numéro…

Campagnes de France et d’Allemagne

Presque cinq mois après le billet dans lequel je disais penser à mettre en ligne extraits du carnet de route de mon grand-père et images de ses albums, il ne s’est pas, jusqu’à présent, passé grand chose…

Voici néanmoins aujourd’hui une première étape : j’ai créé,  à partir de ses carnets, les deux cartes ci-dessous qui permettent de visualiser ses campagnes de France et d’Allemagne, du 1er novembre 1944 au 8 mai 1945.

Il faut noter que ses carnets ne donnent que la chronologie et les lieux traversés (parfois avec une orthographe bien à lui !) pour la période de la Seconde guerre mondiale. Ils sont beaucoup plus riches en commentaires pour l’Indochine..

De ces six mois, il n’y a que deux photos, de qualité médiocre, toutes deux de canons. La première est prise en décembre 1944, durant les combats de libération de Mulhouse. La seconde est datée de janvier 1945, près du Haut-Koenigsbourg, lors de la terrible Bataille d’Alsace qui permit de réduire la poche de Colmar.

Campagne d'Alsace. Décembre 1944

Campagne d’Alsace. Décembre 1944

 

Haut-Koenigsbourg. Janvier 1945

Haut-Koenigsbourg. Janvier 1945

 

Campagne de  France

 

Campagne d'Allemagne

 

Les particularités de l’Internet thaïlandais

Beaucoup semblent inquiets de nous savoir vivant sous une dictature militaire, le quarteron de militaires gominés de la fin mai ayant fait grande impression.

Qu’ils se rassurent : pour nos petites vies, et jusqu’à présent du moins, le changement de régime politique n’a pas eu d’effets majeurs, à part un surcroît de travail pour la chef de famille.

Pour le pays dans son ensemble, c’est difficile à dire. Pas de répression sanglante a priori, la Thaïlande n’est pas l’Amérique latine. Mais une épuration certaine de l’opposition, des dirigeants rouges en fuite ou en exil, ainsi qu’une interdiction des partis politiques et, même si le couvre-feu a été levé depuis le Coup d’État, une interdiction de rassemblement.

L’un des effets les plus marquants de l’arrivée au pouvoir de la junte est visible sur Internet, avec le renforcement de la traque de toute lèse-majesté sur les réseaux. Un excellent article de la susnommée chef de famille, disponible à la fois dans sa version originale française et dans sa traduction anglaise, fait le tour de la question.

Bien entendu, la censure, c’est mal. On peut néanmoins se poser la question : est-il vraiment dommageable pour l’esprit humain thaïlandais de ne pouvoir avoir accès au site du Daily Mail – journal lu quotidiennement par environ 4 millions de Britanniques et coupable d’avoir mis en ligne une vidéo concernant le prince héritier – et d’avoir plutôt droit à une page d’accueil, certes janséniste, mais finalement pas laide avec son vert flashy et son joli logo du Ministère de l’Information et des Télécommunications ?

Les sauvages à Bangkok

Les sauvages, c’est comme ça qu’ils s’appellent eux-mêmes, dans leur blog, mais avant d’être sauvages, ils sont avant tout sympathiques…

Il faut imaginer une famille avec six enfants, partie en septembre d’Espelette, au Pays basque, dans un fourgon utilitaire Peugeot aménagé tirant une petite caravane comme on n’en fait plus depuis les sixties.

Ils incarnent en quelque sorte les descendants contemporains des Mahuziers, cette famille bretonne et non moins nombreuse qui s’est rendue populaire dans les années cinquante pour ses voyages au long cours, racontés non pas dans un blog mais dans les livres et films qu’ils en tiraient.

Après avoir traversé les Balkans, la Grèce, la Turquie et l’Iran, les Basques ont préféré éviter le Pakistan, ont donc mis leur charrette sur un bateau, le temps de passer quelques mois en Inde et au Népal sac au dos, puis ont retrouvé camion et caravane en Malaisie au mois de mai. Leur fille aînée, Ttele, passait le bac de français au lycée de Bangkok la semaine passée. Ils cherchaient un lieu pour poser leur camp volant, on a proposé notre jardin.

Les Hiriart à Bangkok

Les Hiriart à Bangkok : Andu, Saia, Oier, Lokiz, Arin, Ttele, Eluxha et Ariane.

Ils sont d’abord venus quelques jours début juin, puis sont repartis visiter Angkor, avant de revenir dimanche dernier à Bangkok, où ils ont passé la semaine, le temps pour Ttele de passer l’examen, pour les garçons d’aller au cinéma à vélo (rien que pour cela ils mériteraient de passer dans le livre Guinness des records), et pour tous de se délecter de la piscine à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, alors que tout le monde ici se demande comment ils font pour dormir à huit dans un fourgon et une petite caravane alors que le thermomètre ne descend jamais sous les 30°…

Ils repartaient aujourd’hui pour le nord de la Thaïlande et le Laos , non sans nous avoir conviés hier soir avec quelques voisins à un repas basque agrémenté de chansons traditionnelles interprétées à l’accordéon basque, à la trompette et au tambourin.

Il faut décidément aller jeter un coup d’oeil à leur blog, ça vaut le coup d’oeil… Quant à nous, c’est décidé, une fois que l’on parlera couramment le thaï, on se mettra au basque…

Saia, Ttele et Oier. Bangkok, le 22 juin 2014

Saia, Ttele et Oier.
Bangkok, le 22 juin 2014

 

 

La pluie, la vraie

Pour tous ceux qui n’ont jamais vu que de petites pluies occidentales, même océaniques, voici un aperçu des averses en temps de mousson.

Courtes le plus souvent, mais franches : ceux qui ne trouvent pas à s’abriter suffisamment vite comprennent très exactement la signification de l’expression « être trempé jusqu’à l’os ».

Ça ruisselle, ça cataracte. La chaleur étouffante est prise à son propre piège, l’eau vive et chaude entraîne la poussière accumulée, le vent écorne les boeufs, les arbres du voyageur et les palmiers.

Les plus belles pluies s’accompagnent d’orage et de tonnerre ravageur…

 

Rhinish Travel

Rhinish Travel

Depuis notre arrivée ici, à chaque fois que je passe devant l’agence de voyage Rhinish Travel, dans le Soi Thonglor 13, je ne peux m’empêcher de penser à « La Planète des Singes ».

Non que l’Asie du sud-est m’ait définitivement transformé en l’un de ces affreux jojos colonialistes qui assimilerait les « nhiaqués » à de vagues primates. De toutes façons, plus personne n’emploie ce mot depuis la chute de nos colonies indochinoises. Et l’on ne parle plus non plus de colonialistes depuis qu’ils se sont transformés en expatriés.

En réalité, ce qui me frappe, c’est l’effet de retournement absolu qu’offre cette affiche. Les agences de tourisme habituelles, y compris à Bangkok, vantent leurs produits de consommation courante en affichant des occidentaux dénudés jouant au beach-volley sur fond de pains de sucre, si possible au coucher du soleil. Ici, le public visé par cette « Gourmet Boutique Travel Agency » est sensiblement différent, et l’image à l’opposé de tous les canons du tourisme moderne.

Et pourtant, ô combien on le comprend et on l’envie ce vieux Thaïlandais, avec sa petite sacoche en cuir sous le bras, portant modestement un chapeau – auquel il ne manque que la plume d’oie – délicieusement mal assorti à sa veste pied-de-poule, pour ne rien dire de sa cravate rouge à rayures cachée sous un petit gilet bleu probablement très piquant.

On le comprend et on l’envie, car il pose devant l’Europe aux anciens parapets d’une route de montagne : il doit faire délicieusement frais, le ciel est brumeux, c’est probablement l’automne déjà, il vient de franchir un col peut-être et retourne dans la vallée. Il est en Suisse assurément. Arrivé à l’hôtel, il va pouvoir se faire servir un bon déci de fendant en attendant la nuit qui va tomber doucement. Peut-être ira-t-il demain à Berne ou à Lucerne ? Ou passer une nuit à Zermatt ?  Pourquoi pas les Grisons, une promenade à Sils-Maria, une après-midi aux Thermes de Vals ?

Pour en avoir le coeur net, je suis allé consulter le site web de Rhinish Travel, et notamment la page consacrée aux voyages organisés en Suisse.  Le site est en thaï uniquement, mais les traducteurs automatiques de Google font des merveilles. On y apprend donc qu’un voyage est organisé du 16 au 23 octobre 2557 (cette année, donc, en calendrier bouddhiste), qui permettra de jouir d’une « beauté pittoresque inchangée ». Les voyageurs iront à Genève, grande ville de la « paix mondiale », ainsi qu’à Lausanne, « empreinte du règne de Sa Majesté le Roi Rama VIII et du Roi actuel ». Après avoir humé l’air de Zermatt, le « village sans pollution », ils bénéficieront d’une dégustation de fondue à Interlaken et d’une croisière en bateau privé sur le lac de Lucerne. L’ensemble du voyage s’inscrit par ailleurs sur les traces du voyage que le Roi Chulalongkorn (Rama V), le grand-père de Bhumibol, a fait en Suisse en mai 1897.

Amis thaïlandais amateurs de voyages culturels en pays tempérés, n’hésitez plus, ce voyage est fait pour vous !

PS. Pour ceux qui auraient envie d’aller plus loin, j’ai trouvé un site bien documenté sur le voyage du Roi Chulalongkorn en Suisse. Où l’on apprend notamment qu’il a entendu quelques extraits de Lohengrin et pu déguster un Sorbet Majesté…