Le permis de conduire

En Thaïlande, il existe, comme de raison, un permis de conduire qui sanctionne l’examen du permis de conduire et permet ensuite de conduire véhicules automobiles (pour le permis voitures) ou motocycles en tous genres (pour le permis moto).

Jusque là, tout va bien.

Contrairement par contre à ce qui se passe, disons, habituellement, les cours d’auto-école préalables sont facultatifs (on ne voit d’ailleurs aucun véhicule estampillé de ce genre) et nombre de candidats arrivent à l’examen au volant de leur propre véhicule après avoir été initiés par un ami ou un membre de leur famille.

L’examen en lui-même se déroule sur un parking et non en circulation réelle, et ressemble aux jeux d’obstacles que la sécurité routière organise pour les écoliers en France.

Autant dire que ça se sent ensuite sur les routes lorsque les candidats fraîchement reçus prennent le volant pour de bon…

Pour le titulaire d’un permis de conduire étranger, il existe une autre démarche, plus « simple » paraît-il, permettant d’obtenir le sésame. Elle consiste essentiellement à transformer administrativement son permis de conduire étranger en permis thaïlandais…

Je ne résiste pas au plaisir de narrer par le détail le cheminement pour réaliser cette transformation. Outre l’exotisme amusant que cela peut représenter pour un lecteur distant, cette description peut, après tout, avoir également un intérêt pratique pour les étrangers cherchant à obtenir le précieux sésame dans le cadre de leur vie quotidienne thaïlandaise et qui tomberaient par quelque hasard googlesque sur ce billet.

Il est possible que la démarche soit sensiblement différente selon la région de Thaïlande où elle a lieu ainsi que selon le personnel derrière le guichet. Mais cela ajoute un peu de piment à la chose !

Chapitre 1. La quête des papiers

Tout d’abord, il faut donc faire quelques menus déplacements pour réunir les documents requis.

La première étape consiste à faire traduire le permis de conduire étranger (en l’occurrence le permis français) par une officine certifiée dans ce genre de traductions officielles. L’Alliance française dispose d’un tel bureau. La traduction est réalisée en quelques jours pour quelques centaines de baths (une petite dizaine d’euros).

Les titulaires d’un permis B qui souhaitent conduire un scooter en Thaïlande et veulent donc obtenir le permis Motorcycle ont tout intérêt à faire traduire le permis français (rose à trois volets) plutôt que le permis international délivré par les préfectures françaises. En effet, ce dernier ne précise pas forcément que le permis B donne le droit de conduire les petites cylindrées, alors que le permis original le précise. Attention, c’est une condition nécessaire et pas suffisante, selon le fonctionnaire qui traitera le dossier, il n’est pas certain que cela permette d’obtenir le permis moto (ce qui est somme toute assez logique, mais passons…). J’en connais même certain qui ont du repasser complètement leur permis moto tout en étant titulaire d’un vrai permis moto français… Les charmes et méandres de la théorie et de la pratique !

Une fois cette traduction certifiée en poche, il faut ensuite aller la faire tamponner par les services de l’Ambassade de France. Il est impératif d’avoir ce tampon apposé sur le document pour les étapes successives. Un rendez-vous préalable auprès des services de l’ambassade pour ce faire est nécessaire. A noter que la signature manuscrite de l’ambassadeur n’est pas requise.

Lors de la visite à l’ambassade, il est tout à fait conseillé, voire très chaudement recommandé, de demander un certificat de résidence, pièce qui peut s’avérer utile par la suite, notamment pour ceux qui n’ont pas de permis de travail. Le document est en français et anglais, cela suffit pourvu bien évidemment qu’un tampon officiel prouve son authenticité.

Une courte visite chez le médecin est enfin nécessaire, afin de se faire remettre un certificat médical. Quelques examens basiques sont à prévoir. L’hôpital Bumrungrad fait ça très bien, pour quelques centaines de baths également. Il est possible de passer par n’importe quel médecin assermenté.

Chapitre 2. Dans l’antre de la bête

Une fois ces documents obtenus, il vous faut vous diriger vers l’administration thaïlandaise en charge de la gestion des permis de conduire : le Department of Land Transportation. Selon le lieu de résidence, l’adresse de ce centre est différente. Le site Internet du ministère précise à quel endroit aller.

Vous y êtes ? Très bien : le parcours au sein des bureaux de l’administration peut donc commencer.

Au-dessus de la porte d’entrée, un panneau affiche la couleur. Il indique en anglais et en thaï les trois piliers du Department of Land Transportation :

  • S comme Service Mind
  • M comme Morality
  • D comme Development

Tout un programme… Vous franchissez donc l’entrée et un jeune homme vous remet un formulaire en thaï sur lequel vous inscrivez votre identité (en lettres latines, c’est possible). Si vous souhaitez obtenir à la fois le permis automobile et le permis moto, demandez bien les deux formulaires distincts.

Vous êtes désormais au seuil d’un grand hall garni de fauteuils métalliques bleus et agrémenté d’une bonne vingtaine de guichets répartis circulairement sur sa périphérie. Vous vous dirigez doucement vers le guichet n°10. C’est là que tout va se jouer. La pression monte.

Avant de vous diriger vers le guichet, vous aurez pris soin de constituer un dossier avec :

  • votre passeport
  • votre permis de conduire original
  • la traduction en thaï de ce permis certifiée et tamponnée
  • votre certificat de résidence
  • votre certificat médical
  • le formulaire remis à l’entrée

Derrière le guichet, selon votre niveau de chance, vous allez avoir affaire à une préposée plus ou moins accommodante et surtout plus ou moins anglophone. Il peut être raisonnable de vous faire accompagner d’une personne parlant thaï.

Si toutes les pièces sont là, si tous les tampons sont présents et correspondent à l’attendu, si la pression hygrométrique est conforme aux normales saisonnières, la préposée vous demandera de faire quelques photocopies des documents précédents. Un appareil de photocopie accompagné de son préposé aux photocopies est disponible dans la pièce adjacente. Il vous en coûtera 1 bath par photocopie.

Revenez vers le guichet 10, déposez le tout, et asseyez-vous en attendant que votre dossier soit complété. Si vous en êtes arrivé là, dites-vous bien que c’est déjà gagné. Sinon, vous pouvez aller vous acheter un vélo, cela ne nécessite a priori pas de permis particulier.

Le hall vu depuis le guichet 10

Tendez bien l’oreille, au bout de quelques minutes vous allez être appelé par la dame du guichet 10. Faites preuve d’imagination pour reconnaître votre nom, mais ne riez pas trop si la prononciation n’est pas conforme au bon usage, car vous auriez l’air bien bête si vous deviez répéter ne serait-ce que le prénom de la préposée, par exemple.

On vous tend donc le formulaire complété et l’ensemble des pièces justificatives, ainsi qu’un petit carton plastifié portant un numéro et on vous envoie vers le guichet 16.

Celui-ci se trouve au fond à gauche. L’ordre des nombres étant le même en Thaïlande qu’ailleurs (ça, c’est déjà une grande chance), vous devriez vous repérer aisément.

Devant la salle 16

Devant la salle 16

La salle 16 est la salle d’examen. « Un examen ? » me direz-vous, alors que la démarche indiquée ici consiste justement à éviter d’avoir à passer l’examen du permis de conduire en transformant simplement son permis étranger ? Et bien oui, un examen, car il faut tout de même s’assurer que le titulaire, mettons, d’un permis belge, soit capable de distinguer un feu rouge d’un feu vert. Mais nous allons détailler ci-dessous par le menu les examens (car ils sont plusieurs) que vous vous apprêtez à passer.

Avant cela, il faut préciser une petite chose, car il y a un piège ! Sur la porte de la salle 16 sont affichés les numéros des candidats habilités à rentrer dans la salle. Vous avez bien évidemment compris que votre numéro correspond à la petite carte plastifiée que l’on vient de vous remettre. Du coup, lorsque votre numéro est placardé sur la porte au bout d’un laps de temps qui vous paraît relativement court (« je m’attendais à plus » vous dites-vous justement en vous levant), vous vous dirigez vers la salle et vous apprêtez à y pénétrer. Mais là, il vous faut déchanter. En effet, il ne suffit pas d’avoir le bon numéro, encore faut-il avoir la bonne couleur ! Regardez autour de vous, les autres candidats ont également des cartes plastifiées, mais elles peuvent avoir 6 couleurs différentes, correspondant probablement à la démarche qu’ils sont en train d’accomplir et peut-être, qui sait, à d’autres critères que l’on ne détaillera pas ici… Toujours est-il qu’il faut donc que vous attendiez que votre numéro et votre couleur soient affichés sur la porte.

Prenez votre mal en patience. Un petit film documentaire passe justement sur la VHS au-dessus de vous. Vous pourrez vous familiariser avec l’examen du permis de conduire. Au bout du septième passage en boucle, il est évident que la petite musique qui l’accompagne vous trottera dans la tête pour le restant de la journée. Mais est-ce si gênant ?

Le film documentaire

Le film documentaire

Enfin arrive l’heure fatidique. Votre numéro et votre couleur apparaissent de concert sur la porte de la salle n°16. Il faut y aller.

Dans la salle d’examens, une charmante fonctionnaire en shorts kakis vous fait signer un papier et vous demande votre numéro de téléphone. Rassurez-vous, elle le demande à chaque candidat.

Vous suivez vos coreligionnaires (essayez d’en laisser un ou deux devant vous, histoire de comprendre les instructions) dans une série de quatre examens distincts, qu’il vous faudra réussir tour à tour pour avoir le droit de ressortir vivant de la pièce.

Tout d’abord, vous êtes face à un feu tricolore à côté duquel un examinateur se tient debout. S’allument successivement les différentes couleurs. Vert en bas. Puis rouge tout en haut. Puis orange au milieu. Vous devez énoncer la couleur lorsqu’elle s’affiche. Ne vous laissez pas piéger, car soudain, un vert s’affiche en haut, puis un orange tout en bas. Si vous êtes daltonien, vous serez mangé tout cru. Si vous êtes belge, faites un effort. Dans tous les autres cas, allez faire signer la première case du papier pour signifier que vous avez réussi le premier test.

Ensuite, vous vous asseyez devant une sorte d’appareil d’ophtalmologie. Vous posez le menton, vous appuyez le front, vous regardez l’examinatrice droit dans les yeux et vous attendez que ça vienne. Une petite lumière rouge à 180° à gauche : vous dites « rouge ». Une petite lumière verte à 180° à droite : vous dites « vert ». C’est bon, vous pouvez y aller, vous avez le deuxième tampon.

Puis vous vous asseyez au centre de la pièce sur un petit tabouret en plastique violet, le pied droit au-dessus d’une double pédale. Devant vous, un feu rouge. Il passe au vert, vous appuyez sur l’accélérateur (pédale de droite pour les dyslexiques). Soudain il passe au rouge, vous pilez en appuyant sur le frein (je n’insiste pas). Si vos réflexes sont médiocres, vous aurez peut-être le droit de recommencer une fois, mais ce n’est pas sûr.

Le tabouret violet

Le tabouret violet

Enfin, toujours assis sur votre petit tabouret de plastique violet, vous regardez l’accorte fonctionnaire en shorts kakis et sandales de cuir devant vous. Ne louchez pas trop longtemps sur ses jolis molets, car le dernier examen consiste précisément à tester votre vision en relief. Vous prenez en main une commande à deux boutons qui actionne un système de deux barres : le bouton vert fait reculer l’une des deux barres, le bouton rouge la fait avancer vers vous. Il vous faut positionner les deux barres à la même distance et lever le bras lorsque c’est terminé. Notez bien que c’est ce que j’ai compris de l’exercice, car, ne voyant absolument pas bouger les barres l’une par rapport à l’autre malgré mes appuis frénétiques sur la commande, j’ai levé le bras au bout d’un moment pour poser la question du « comment ça marche ». Elle, pensant sans doute que c’était pour lui signifier que les barres étaient bien positionnées, m’a simplement signé tous les papiers restants et m’a indiqué la porte d’un joli sourire.

Short kaki

Short kaki

L’examen psychotechnique vous a sans doute exténué, mais vous êtes vivant et quasiment au bout de l’épreuve. Muni de votre dossier et de tous les papiers signés dans la désormais mythique salle n°16, vos pas vous guident maintenant vers le guichet n°8.

La préposée au guichet n°8 vérifie que tout est tamponné et vous donne un numéro, comme au rayon boucherie de votre supermarché. Pas de couleur cette fois-ci, ne cherchez pas toujours la complication, attendez simplement que votre numéro s’affiche sur l’écran au-dessus.

Le dernier numéro

Le dernier numéro

Profitez une dernière fois de l’ambiance feutrée du hall et de l’assise confortable des fauteuils bleu métalliques. N’hésitez pas à savourer ce moment de détente bien mérité. Ouvrez un livre, tapotez sur votre smartphone, quoi que vous fassiez, sachez que de toutes façons le roi Bhumibol et la reine Sirikit veillent sur vous entre les guichets 9 et 10, au-dessus de l’horloge.

Le Roi

Le Roi

Votre numéro enfin affiché, vous allez à l’un des guichets 1, 2, 3, 4 ou 5, ou 6 éventuellement, et pourquoi pas 7 aussi tant que vous y êtes.

L’ensemble des documents sera à nouveau vérifié par le ou la fonctionnaire en charge de vous donner le sésame tant attendu. Vous n’êtes pas à l’abri d’une mauvaise surprise (un tampon qui s’avère finalement décevant, un document pas si facultatif que cela, etc.) mais en principe rien ne s’oppose plus désormais à la délivrance.

Remettez à plat une mèche récalcitrante, faites un léger sourire, on vous prend en photo. L’imprimante chauffe, grommelle, caquète quelques secondes, jusqu’à ce qu’une carte plastifiée sorte, toute chaude encore, de l’appareil : votre permis de conduire les voitures ! Puis une deuxième : celui de conduire les motos ! Vous ne seriez pas outre mesure étonné qu’une troisième carte sorte pour les camions et les autobus, et pourquoi pas une quatrième pour les hélicoptères, les aéroplanes et les montgolfières. Mais non, la machine se rendort.

Vous pouvez y aller, c’est terminé. Enfin presque : vos permis sont temporaires. Vous reviendrez nous voir dans un an pour leur prolongation. Puis tous les cinq ans par la suite. Mais vous n’aurez malheureusement pas la chance de repasser par la salle n°16 et sa charmante fonctionnaire en shorts kakis, il s’agira en effet d’une démarche essentiellement administrative…

Victoire !

Victoire !